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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406614

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406614

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 juin 2024 et le 15 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Ferrand demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 juin 2024 par laquelle le préfet du nord a ordonné son transfert aux autorités italiennes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 440 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer si l'entretien a été mené par une personne qualifiée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 21 et 22-7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, le formulaire de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile n'étant pas signé et ne pouvant être regardé comme ayant été adressé par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 31 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnait les dispositions de l'article 3-2 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 eu égard aux défaillances dans la prise en charge des demandeurs d'asile en Italie ;

La procédure a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire et a produit des pièces enregistrées le 27 juin 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dang magistrate désignée ;

- le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté

-les observations de M. B, son conseil étant absent.

Considérant ce qui suit :

1.M. B ressortissant guinéenne née à Conakry (Guinée) le 23 septembre 1992 a déposé une demande d'asile enregistrée le 10 janvier 2024 en préfecture du Nord. Constatant que les empreintes de M B avaient été enregistrées en Italie le 10 octobre 2016, le préfet du Nord a saisi les autorités de cet Etat d'une demande de reprise en charge, le 9 février 2024, lesquelles l'ont acceptée le 23 février 2024. Par l'arrêté attaqué, le préfet du Nord a décidé de transférer M. B aux autorités italiennes.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

5. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point 4 ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, si M. B a été reçu en entretien individuel le 10 janvier 2024 en préfecture du Nord et qu'il a signé le résumé de cet entretien, ce compte-rendu, qui est seulement revêtu du cachet de la direction de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Nord, ne comprend aucune mention de l'identité de la personne ayant mené l'entretien ni aucune indication de nature à permettre de vérifier que cet agent serait effectivement habilité à conduire l'entretien en cause. Le préfet du Nord n'a en outre apporté aucun élément complémentaire de nature à établir la qualité de cet agent dont la qualification est contestée. Dans ces conditions, l'entretien ne saurait être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de la transférer aux autorités italiennes.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ferrand avocat de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ferrand de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M B est admis au benefice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : L'arrêté du 11 juin 2024 est annulé.

Article 3 : L'État versera à Me Ferrand une somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros lui sera versée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Ferrand et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. DANGLe greffier,

Signé :

A. COUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier

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