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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406729

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406729

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Girsch, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite du 1er octobre 2023 par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident en sa qualité de bénéficiaire du statut de réfugiée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande de délivrance d'une carte de résident en sa qualité de bénéficiaire du statut de réfugiée dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer un document provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de se prononcer expressément sur sa demande de carte de résident dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'attestation de prolongation provisoire dont elle était bénéficiaire n'est plus valide depuis le 7 juin 2024, qu'elle n'est plus en situation régulière depuis cette date et qu'elle est donc privée de la possibilité de bénéficier tant de ressources professionnelles que de prestations sociales, la plaçant dans une situation de précarité ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée le 24 mai 2022 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation familiale.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit pas de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2406692 enregistrée le 27 juin 2024 par laquelle Mme C B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Normand, substituant Me Girsch, représentant Mme B qui a repris le contenu de ses écritures et relève que si son époux a obtenu la délivrance d'une carte de résident, le 18 juin 2024, il n'en a pas été de même pour elle.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Mme B, ressortissante afghane, née le 1er janvier 1991, a, comme son époux, obtenu le bénéfice du statut de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 mai 2022. Elle a demandé, à ce titre, la délivrance d'une carte de résident auprès de la préfecture du Nord. Le 23 mars 2023, elle a été convoquée, avec son époux, par la préfecture du Nord pour la prise de ses empreintes. Le préfet du Nord lui a délivré des récépissés et attestations de prolongation d'instruction successifs, dont la dernière est venue à expiration le 8 juin 2024. Elle demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Si Mme B a obtenu le statut de réfugiée le 24 mai 2022 et a présenté sa demande de carte de résident auprès de la préfecture du Nord le 1er juin 2023, soit il y a plus d'un an, elle a bénéficié de récépissé l'autorisant à travailler et à bénéficier des droits sociaux attachés à la qualité de réfugiée, ainsi qu'à un hébergement. Si son dernier récépissé n'a pas été renouvelé au-delà du 8 juin 2024, il a été précisé à l'audience que l'intéressée n'avait jamais travaillé, dès lors qu'elle s'occupe des quatre enfants du foyer. Il n'est pas davantage contesté que son époux, M. B, s'est vu délivrer, quant à lui, une carte de résident, le 18 juin 2024, et qu'il se trouve ainsi en mesure d'exercer une activité professionnelle. La famille bénéficie en outre toujours d'un hébergement. Dans ces conditions, la condition d'urgence énoncée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de légalité invoqués, les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. La présente ordonnance de rejet n'appelle aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de Mme B aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1990 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, le versement au conseil de Mme B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Girsch et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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