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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406787

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406787

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. B A, ressortissant algérien, contre les décisions du préfet du Nord du 27 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant l'Algérie comme pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la requête a été rejetée, confirmant la légalité des décisions préfectorales fondées sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et l'accord franco-algérien de 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 28 juin et 9 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler les décisions du 27 juin 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est empreinte d'un vice de procédure ;

- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est fondée sur une décision de refus de séjour qui est elle-même irrégulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est empreinte d'une erreur de droit ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des

- droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est empreinte d'un vice de procédure ;

- elle est fondée sur une décision d'éloignement qui est elle-même irrégulière ;

- elle est empreinte d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est empreinte d'un vice de procédure ;

- elle est fondée sur une décision d'éloignement et une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire qui sont elles-mêmes irrégulières ;

- elle est empreinte d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est empreinte d'un vice de procédure ;

- elle est fondée sur une décision d'éloignement, une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et une décision fixant le pays de renvoi qui sont elles-mêmes irrégulières ;

- elle est empreinte d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lescène, substituant Me Dewaele, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en ajoutant que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- M. A étant absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 29 avril 1987, déclare être entré en France en juin 2023, muni d'un visa qui lui a été délivré par les autorités consulaires espagnoles d'Alger le 30 mai 2023, qui était valable du 12 juin au 6 juillet 2023 et qui autorisait son séjour pour une durée de 10 jours. Il a été interpellé le 26 juin 2024 à la suite d'un contrôle d'identité opéré place Barthélémy Dorez à Lille à 18h55, N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il n'avait jamais effectué de démarche en vue de la délivrance d'un certificat de résidence algérien, il a fait l'objet, le lendemain de son interpellation, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2024, publié le même jour au recueil n° 126 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.

4. En deuxième lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde les décisions attaquées. Par suite, les moyens, tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, ne peuvent être accueillis.

5. En dernier lieu, M. A soutient que les décisions attaquées sont empreintes de vice de procédure. Toutefois, ces moyens, qui ne sont étayés d'aucun élément de fait ou de droit, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les obligations de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré, ainsi que se borne à l'alléguer M. A, à un examen sérieux de son dossier. En effet, tous les éléments propres à sa situation personnelle correspondent aux éléments dont il a fait état lors de son audition par les services de police. Ce moyen, qui s'apprécie au vu des éléments dont disposait l'administration au jour d'édiction de sa décision, ne pourra donc qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a tenu compte de la durée de présence de M. A sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et a implicitement considéré, à bon droit pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 12 du présent jugement, qu'il ne faisait valoir, compte tenu de son état de santé, aucune circonstance humanitaire pouvant justifier un droit au séjour. Il suit de là que le moyen, tiré de ce que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

8. En troisième lieu, M. A, qui n'a pas sollicité de titre de séjour et dont l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé sur une décision de refus de séjour, ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée, par la voie de l'exception, d'une illégalité.

9. En quatrième lieu, M. A soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est empreinte d'une erreur de fait et d'une erreur de droit. Toutefois, ces moyens, qui ne sont étayés d'aucun élément de fait ou de droit, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

10. En cinquième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle ne fixe pas le pays de destination, des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des dispositions, régissant l'introduction d'une demande d'asile, de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

12. En l'espèce, s'il ressort des pièces médicales fournies que M. A nécessite un traitement pour son arythmie cardiaque et souffre d'épilepsie partielle nécessitant un suivi neurologique, il n'est établi, en l'état de l'instruction, ni qu'une absence de traitement pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, puisque les mêmes pièces font état d'une consultation cardiologique stable et de l'absence de signe d'insuffisance cardiaque, ni, surtout, que M. A ne pourrait pas effectivement bénéficier en Algérie du traitement approprié à son état de santé. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations précitées du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

13. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

14. En l'espèce, M. A déclare être entré en France en juin 2023, à l'âge de 36 ans. Il n'y résidait donc, de manière continument irrégulière, que depuis un an à la date d'adoption de la décision attaquée. S'il s'est déclaré célibataire et sans enfant à charge, il ressort des pièces médicales et des attestations fournies que M. A a une femme et une famille qui ne l'ont pas accompagné en France. Il dispose donc, à l'exception d'une tante et de sa famille, chez laquelle il ne réside pas, de ses attaches familiales les plus intenses en Algérie. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a indiqué être sans profession lors de son audition par les services de police, travaillait sans autorisation comme carrossier de janvier à mai 2024, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas occuper un emploi similaire en Algérie, comme c'était le cas avant son départ de ce pays, Et, si M. A bénéficie d'un suivi médical en France, il n'est pas établi, ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, qu'il ne pourra bénéficier en Algérie d'un suivi adapté à ses pathologies. Ainsi M. A, qui ne se prévaut d'aucun autre élément, n'est pas fondé à soutenir qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste d'appréciation ou celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A soit père.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen, tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doit être écarté.

17. En deuxième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est empreinte d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, ces moyens, qui ne sont étayés d'aucun élément de fait ou de droit, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

18. En dernier lieu, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

19. En l'espèce, s'il ne ressort pas de ses propos en audition que M. A aurait déclaré son intention de ne pas se conformer à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il n'en demeure pas moins qu'il s'est maintenu en France au-delà de la durée de validité de son visa où il n'établit pas avoir sollicité un certificat de résidence algérien et ne justifie pas, notamment, par la seule production d'une copie de son passeport, disposer de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Ainsi, conformément aux dispositions précitées des 2° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que M. A se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être regardé comme établi. De sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

20. Il résulte donc de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 15 et 20 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français ou de celle lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, doivent être écartés.

22. En deuxième lieu, M. A soutient que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, ces moyens, qui ne sont étayés d'aucun élément de fait ou de droit, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

23. En dernier lieu, M. A, qui déclare être entré en France en juin 2023, n'y a jamais sollicité l'asile. En outre, M. A a déclaré, lors de son audition par les services de police, être venu en France pour se faire soigner gratuitement et a mentionné qu'il repartirait en Algérie une fois ses soins achevés. Il n'a fait d'ailleurs fait état, lors de cette audition, dans son recours ou à l'audience, d'aucune crainte actuelle et personnelle en cas de retour en Algérie. Il n'est donc fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

25. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 15, 20 et 24 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, de celle lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire ou de celle fixant le pays de renvoi, doivent être écartés

26. En deuxième lieu, M. A soutient que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, ces moyens, qui ne sont étayés d'aucun élément de fait ou de droit, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

27. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

28. En l'espèce, s'il n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et si son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, M. A ne séjourne que depuis un an en France, où il ne dispose que d'une tante, d'un oncle par alliance et de leurs enfants, son cousin et sa cousine, soit des attaches familiales de faible intensité. Ainsi M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

29. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

30. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. A ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. LARUE

La greffière,

Signé

V. LESCEUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2406787

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