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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406788

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406788

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBADAOUI-ARIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin et 1er juillet 2024, M. F A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 27 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a octroyé aucun délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour en France durant deux ans, ainsi que les effets juridiques de cette interdiction de retour, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, son droit d'être entendu n'ayant pas été respecté, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6.7) de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît sa situation personnelle ;

- le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet doit être annulé par voie de conséquence.

La requête a été communiquée au préfet de la Somme, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Caustier en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier, magistrat désigné, qui informe les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ces conclusions n'étant pas dirigées contre une décision susceptible de recours ;

- les observations de Me Badaoui-Arib, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; elle précise que le requérant se nomme en réalité M. H G et qu'il a fait l'objet, en 2021, d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour en France durant trois années, qui n'est pas expirée ; elle ajoute que l'épouse du requérant est titulaire, en France, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- les observations de M. A B, assisté de Mme D, interprète assermentée en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A B, ressortissant algérien né le 12 août 1994 à Oran (Algérie), a été interpellé le 25 juin 2024 par les services de police pour des faits de menaces de mort sous conditions et extorsions. Par un arrêté du 27 juin 2024, notifié le jour même, le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a octroyé aucun délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour en France durant deux ans. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler ces décisions ainsi que les effets juridiques de la décision portant interdiction de retour en France, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour prise en application des articles L. 612-6 à L. 612-11 du même code sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative informe l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, par elle-même, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

4. Il s'ensuit que les conclusions de la requête tendant à l'annulation des effets juridiques de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A B, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

5. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 15 janvier 2024, publié le même jour au recueil n° 2024-012 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Somme a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En second lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait constituant la situation personnelle de M. A B, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles les décisions qu'il comporte sont fondées. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse, non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Néanmoins, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 25 juin 2024, M. A B a été interrogé sur son identité, sur les raisons de son départ de son pays d'origine, sur son parcours migratoire, sur sa situation familiale ainsi que sur sa situation administrative en France. Il lui a été demandé s'il disposait éléments à porter à la connaissance de l'administration en ce qui concerne son état de santé, ce à quoi l'intéressé a répondu négativement. Il a également été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine, ou de tout autre pays où il serait légalement admissible, éventuellement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Il a ainsi été invité à présenter des observations sur les perspectives de son éloignement et a pu faire part de tout élément relatif à sa situation personnelle. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. En l'espèce, M. A B, qui déclare résider sur le territoire français depuis cinq années, n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère habituel de sa résidence en France depuis cette date. Il soutient, pour la première fois à l'audience, se nommer en réalité M. H G ; il indique être marié à Mme E C, compatriote titulaire en France d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", et être le père de quatre enfants résidant à leurs côtés. En tout état de cause, le requérant ne justifie pas du caractère régulier du séjour en France de son épouse, de sorte que rien ne fait obstacle à la poursuite de leur vie familiale en Algérie, pays dont l'ensemble des membres du foyer partage la nationalité. Par ailleurs, le requérant n'établit pas qu'il jouirait en France d'une intégration, professionnelle ou sociale, d'une particulière intensité ni qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine, où réside, selon ses déclarations, sa famille. En outre, il ressort également des pièces du dossier, d'une part, que M. A B fait l'objet d'un signalement au fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) depuis son interpellation, le 30 octobre 2023, pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit et, d'autre part, qu'il a de nouveau été interpellé, le 25 juin 2024, pour des faits de menace de mort sous conditions et extorsions. Compte tenu caractère récent et réitéré des faits en cause, la présence en France du requérant doit être regardée comme constituant une menace à l'ordre public. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A B ferait l'objet, en France, d'un suivi médical. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le requérant, qui n'établit pas, au surplus, participer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ces derniers. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " ( ) / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

14. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des quelques documents médicaux, établis en Algérie en 2017 et en 2018, versés à l'instance, que l'état de santé de M. A B nécessiterait une prise en charge médicale ni que le défaut d'une telle prise en charge pourrait entraîner, pour celui-ci, des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, enfin, que l'intéressé ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Somme aurait méconnu les stipulations précitées du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

15. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 et 14, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Le moyen doit être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

19. Il ressort des pièces du dossier que M. A B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne peut présenter des documents d'identité en cours de validité. Dans ces circonstances, le requérant entre dans le champ d'application des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne peut utilement faire valoir que son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, la décision attaquée n'étant, en tout état de cause, pas fondée sur ce motif. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

20. En dernier lieu, à supposer qu'il soit distinct du moyen écarté au point précédent, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant n'est alors pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

24. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

25. Ainsi qu'il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier l'état de santé du requérant nécessiterait une prise en charge médicale ni que le défaut d'une telle prise en charge pourrait entraîner, pour celui-ci, des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, enfin, que l'intéressé ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

26. En troisième lieu, M. A B soutient que la décision en litige, qui fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné, à savoir l'Algérie ou tout autre pays où il est légalement admissible, porte une atteinte " grave " à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et invoque les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'il est marié et père de quatre enfants résidant en France. Toutefois, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet d'ordonner son éloignement, qui constitue une décision distincte. Par suite, tel qu'il est soulevé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

27. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A B n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Il doit être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour en France :

29. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision l'interdisant de retour en France durant un an.

30. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

31. En l'espèce, et ainsi qu'il a été dit au point 10, la présence en France de M. A B doit être regardée comme représentant une menace à l'ordre public. En outre, l'intéressé, qui a déclaré lors de l'audience avoir fait l'objet, sous l'identité de M. H G, d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour en France durant trois ans, n'établit ni l'ancienneté de son séjour sur le territoire français ni la régularité du séjour en France de son épouse et de ses enfants. Dans ces conditions, le préfet de la Somme a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, adopter à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

32. En dernier lieu, à supposer qu'il soit distinct du moyen écarté au précédent, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant n'est alors pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

33. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour en France doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

34. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B et au préfet de la Somme.

Prononcé à l'audience publique le 8 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

G. CAUSTIERLa greffière,

Signé :

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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