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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406903

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406903

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille annule l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet du Nord a obligé M. B (se disant M. C) à quitter le territoire français sans délai, au motif d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale. Le juge a estimé que le préfet s'était borné à relever des éléments généraux sans analyser l'intensité des liens privés et familiaux de l'intéressé en France. Cette illégalité entraîne par voie de conséquence l'annulation des décisions subséquentes refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi. La décision se fonde sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, M. A B, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui verser, en application des dispositions précitées du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué dispose d'une délégation de signature régulière ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire, qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, qui sont elles-mêmes illégales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 26 août 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président du tribunal a désigné Mme Denys, conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du septembre 2024 à 8h30, Mme Denys :

- a présenté son rapport ;

- a entendu les observations de Me Cabaret, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe, après avoir renoncé au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ; elle fait, en outre, valoir que la véritable identité du requérant est celle de M. D C et produit des pièces qui sont communiquées au représentant du préfet du Nord et concernent la situation de l'intéressé ;

- a entendu les observations de Me Iscen, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 juin 2024, le préfet du Nord a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. B, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. B, se disant M. C, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 26 août 2024, du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, M. B se disant M. C, a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la demande présentée par le requérant, tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, est devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, au titre de l'examen de la situation personnelle et familiale de M. B se disant M. C, le préfet du Nord s'est borné à relever que l'intéressé a déclaré être lié par un pacte civil de solidarité à sa partenaire, qui a la qualité d'étrangère en situation régulière sur le territoire français, et avoir charge de famille. Il en ressort également que l'autorité préfectorale, qui a déduit de ces mentions la possibilité, pour l'intéressé, de solliciter le bénéfice regroupement familial, s'est abstenue d'examiner l'intensité des liens qu'entretient l'intéressé sur le territoire français et, ce faisant, de déterminer le pays dans lequel le centre de ses intérêts privés et familiaux est fixé. Si le préfet du Nord soutient, au cours de l'audience publique, que la teneur de l'examen qu'il a opéré correspond aux déclarations peu étayées de M. B se disant M. C, il ne produit aucune pièce de nature à l'établir. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 29 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés à cette fin, M. B se disant C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet du Nord a refusé d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cabaret, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de faire application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement, à Me Cabaret, de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 29 juin 2024 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cabaret une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cabaret et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. DENYSLa greffière,

Signé

O. MONGET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2406903

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