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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407061

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407061

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407061
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHRYVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Marion Schryve, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet du Nord, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros à verser, en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'une telle admission, à lui verser en application des seules dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de délivrance d'un document provisoire de séjour à la suite de sa demande de changement de statut, la caisse primaire d'assurance maladie refuse de lui renouveler ses droits à la complémentaire santé solidaire et la caisse d'allocations familiales refuse de lui verser l'allocation de soutien familial et risque de suspendre le versement du revenu de solidarité active, ce qui la prive de ressources ; elle ne peut, en outre, s'inscrire à France travail ou suivre une formation et solliciter un logement social alors que l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dont elle bénéfice prendra fin le 31 juillet 2024 ;

- l'absence de délivrance d'un document provisoire de séjour, en méconnaissance des articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale au respect de sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 juillet 2024 à 14h00 en présence de Mme Chemali, greffière, Mme Stefanczyk, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Schryve, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance par les mêmes moyens.

Le préfet du Nord n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1992, s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 21 septembre 2022 au 20 septembre 2023 dont elle a sollicité le renouvellement. Par une décision 18 janvier 2024, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire. Elle a sollicité le 20 mars 2024 son changement de statut et la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction, dans un délai de vingt-quatre heures sous astreinte de 300 euros par jour de retard.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 mentionnés au point précédent, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

5. Pour justifier l'urgence qui s'attache selon elle, au prononcé de la mesure qu'elle sollicite, Mme B soutient qu'en l'absence de document provisoire de séjour, d'une part, elle ne bénéficie plus de la complémentaire santé solidaire, ce qui ne lui permet plus de poursuivre son traitement médicamenteux qui est couteux, d'autre part, la caisse d'allocations familiales a refusé de lui verser l'allocation de soutien familial et a suspendu le bénéfice du revenu de solidarité active et, enfin, elle ne peut s'inscrire à France Travail ou suivre une formation professionnelle et ne peut davantage solliciter un logement social alors que l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dont elle bénéficie prendra fin le 31 juillet 2024. Il résulte toutefois de l'instruction que le refus opposé par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing à la demande de la requérante tendant au bénéfice de la complémentaire santé solidaire est intervenue le 17 avril 2024, soit plus de deux mois avant la saisine du tribunal. Au surplus, l'intéressée n'apporte aucune précision sur le reste à charge de son traitement, notamment son montant en l'absence d'une telle couverture. Par ailleurs, les captures d'écran qu'elle produit à l'instance de ce qui constituerait son espace personnel sur le site de la caisse d'allocations familiales ne sont pas de nature à établir que le versement du revenu de solidarité active qu'elle percevait aurait été suspendu. La requérante ne justifie pas davantage de la nécessité pour elle de percevoir, à très brève échéance le bénéfice de l'allocation de soutien familial. En outre, Mme B n'apporte aucun élément établissant que l'absence de délivrance d'un document provisoire de séjour la priverait de la possibilité de concrétiser une perspective imminente de recrutement. Enfin, la circonstance qu'elle ne peut pas bénéficier d'un logement social n'est pas de nature de justifier de la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai des mesures de sauvegarde qu'elle sollicite. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il en résulte que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Marion Schryve et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 10 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

S. STEFANCZYK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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