lundi 24 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024, Mme D B, représentée par Me Lachevre, demande :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 440 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été prises par une autorité incompétente.
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2025, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Goujon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malgache, née le 12 juin 1988, est entrée en France le 4 avril 2018, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes, valable du 31 mars au 4 mai 2018, l'autorisant à séjourner dans l'espace couvert par la convention d'application de l'accord Schengen, pour une durée n'excédant pas 20 jours. Elle a sollicité, le 30 mars 2022, la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", au titre de ses liens personnels et familiaux en France. Par un arrêté du 6 juillet 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Par un arrêté du 22 juin 2023, publié le même jour au recueil n° 155 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné une délégation de signature à M. C A, sous-préfet de Dunkerque, en ce qui concerne les décisions portant retrait ou refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant la pays à destination duquel un étranger qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement doit être éloigné, pour l'arrondissement de Dunkerque. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est domiciliée sur la commune de Dunkerque. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Mme B fait état de l'ancienneté de sa présence en France et de sa vie maritale avec un ressortissant comorien, titulaire d'une carte de résident. Toutefois, s'il n'est pas contesté que la requérante réside en France depuis plus de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, en raison de son maintien sur le territoire après l'expiration de la validité de son visa, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne justifie à cette même date, que d'environ deux années de vie commune avec son conjoint qu'elle a épousé le 15 octobre 2021. Bien que, lorsqu'ils résidaient à Madagascar, ils se soient mariés religieusement en 2015 et aient eu une fille née le 24 décembre 2017, la requérante n'apporte aucun élément attestant, comme elle le soutient, de l'existence d'une relation sentimentale entre la date de son arrivée sur le territoire, en avril 2018, et la date de son mariage en France. Elle ne fait par ailleurs état en France d'aucune autre attache familiale, alors que résident à Madagascar, sa fille mineure, sa mère, son frère et ses sœurs. Enfin, si elle produit plusieurs documents attestant d'un diplôme malgache de sage-femme, de son niveau en langue française, du suivi de plusieurs formations effectuées en 2018 et 2019, de sa participation à des missions pour le compte de l'association " Gynécologie sans frontière " en 2019 et du fait d'être bénévole à la Croix Rouge depuis le 25 juin 2018, ces éléments sont insuffisants pour démontrer son insertion sociale ou professionnelle et l'existence de liens privés et familiaux d'une particulière intensité en France, alors qu'elle a vécu à Madagascar jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis par ces décisions. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
Sur le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
5. Il résulte des points 2 à 4 que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir d'une telle illégalité à l'encontre des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet du Nord.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.
Le rapporteur,
signé
J.-R. Goujon
Le président,
signé
O. CotteLa greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
.
Conseil d'État — N° 507622
Le Conseil d'État, statuant en tant que juge des référés, a rejeté la requête de M. A... qui demandait l'annulation pour excès de pouvoir de la circulaire du ministre de la Justice du 25 mars 2025 relative à la prise en charge des détenus étrangers. La requête a été jugée manifestement irrecevable car présentée le 26 août 2025, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative. La décision a été prise sur le fondement de l'article R. 122-12 du même code, sans instruction contradictoire ni audience publique.
01/07/2026
Conseil d'État — N° 516455
Le Conseil d'État, statuant en cassation, a examiné le pourvoi de M. C... et Mme D... contre une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon. Cette ordonnance avait rejeté leur demande, fondée sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative, visant à faire cesser l'obligation de nettoyage de la cuisine d'un CADA et la menace d'expulsion. Le Conseil d'État a constaté que le pourvoi, dirigé contre une décision rendue sur le fondement de l'article L. 522-3, n'avait pas été présenté par un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, comme l'exige l'article R. 821-3 du même code. En conséquence, il a déclaré le pourvoi irrecevable et a refusé son admission.
01/07/2026
Conseil d'État — N° 516332
Le Conseil d'État, statuant en cassation, a rejeté le pourvoi de M. C... et Mme D... contre l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon. Ce dernier avait rejeté leur demande sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, concernant des manquements allégués du centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) « Entraide Pierre Valdo ». Le pourvoi a été déclaré irrecevable car il n'avait pas été présenté par un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, obligation pourtant mentionnée dans la notification de l'ordonnance attaquée, en application des articles R. 821-3 et R. 612-1 du même code.
01/07/2026
Conseil d'État — N° 516231
Le Conseil d’État, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... qui demandait l’annulation de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création de la partie « loi du pays » du code des douanes de Polynésie française. La requête a été jugée manifestement irrecevable car elle ne contenait que des moyens inopérants, non assortis de faits susceptibles de venir à leur soutien ou dépourvus des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Cette décision a été prise sur le fondement de l’article R. 122-12 du code de justice administrative, sans instruction contradictoire préalable ni audience publique.
01/07/2026