vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407152 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 juillet et 18 septembre 2024, M. E I, représenté par Me Memeti-Kamberi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 2 juillet 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le Maroc comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- et elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est elle-même irrégulière ;
- elle est empreinte d'une erreur d'appréciation de ses risques de fuite ;
- et elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est elle-même irrégulière ;
- et elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est elle-même irrégulière ;
- et elle est entachée, dans la fixation de sa durée, d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Hau, représentant le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. I, assisté de M. A F, interprète assermenté en langue arabe, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées ;
- Me Memeti-Kamberi n'étant pas présente.
Considérant ce qui suit :
1. M. I, ressortissant marocain né le 14 février 1989, déclare être entré irrégulièrement en France, pour la dernière fois, en septembre 2023. Il a été interpellé, le 2 juillet 2024, à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré rue Jules Guesdes à Lille à 15h00. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. B a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il n'avait jamais effectué de démarche en vue de la délivrance d'un titre de séjour, il a fait l'objet d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination du Maroc et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. I demande au Tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, M. I au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 13 mai 2024, publié le même jour au recueil n° 168 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme H D, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.
4. En second lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français :
5. M. I déclare être entré sur le territoire français, pour la dernière fois, en septembre 2023, à l'âge de 34 ans. Il n'y résidait donc que depuis dix mois à la date d'adoption de la décision attaquée. M. I, qui est divorcé depuis 2015 d'une compatriote résidant en Espagne, est célibataire et s'il indique être le père d'une enfant, celle-ci réside en Espagne avec sa mère et il n'établit pas, et n'allègue pas même, contribuer à son éducation ou à son entretien. S'il évoque, pour la première fois dans son recours, entretenir une relation sentimentale avec une ressortissante française, Mme G, qu'il a rencontré à la mi-janvier 2024, qui l'héberge à titre gratuit depuis 3 mois et demi et l'aide dans toutes ses démarches administratives, cette relation à la considérer comme établie demeure particulièrement récente. En outre, M. I dispose au Maroc de l'essentiel de ses attaches familiales, seuls l'un de ses demi-frères vivant en Espagne et l'une de ses demi-sœurs à Marseille, ses 7 autres demi-frères et sœurs résidant, à l'instar de ses parents, divorcés et remariés, au Maroc. Enfin, si M. I allègue travailler sans autorisation sur les marchés et comme dépanneur informatique à domicile, il ne l'établit pas et n'établit pas ne pas pouvoir trouver au Maroc un travail plus conforme à sa profession déclarée d'animateur de soirées. Et il ne se prévaut, à l'exception de quelques témoignages d'amis et relations, d'aucun autre élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Par suite, M. I n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet du Nord aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue desquels cette mesure a été édictée.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. I à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision de refus d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. I à quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
9. En l'espèce, M. I, qui est entré irrégulièrement en France, où il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a mentionné ne pas vouloir repartir au Maroc et ne justifie pas notamment disposer de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Ainsi, conformément aux dispositions précitées des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que M. C se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être regardé comme établi. De sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur dans l'appréciation de ses risques de fuite.
10. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, M. I, n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire le préfet du Nord aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue desquels cette mesure a été édictée.
11. Il résulte donc de ce qui précède que M. I n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. I à quitter le territoire français, doit être écarté.
13. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, M. I, n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant le Maroc comme pays de renvoi le préfet du Nord aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue desquels cette mesure a été édictée.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. I, à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peuvent être accueillies.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. I à quitter le territoire français, doit être écarté.
16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, M. I n'est pas fondée à soutenir, qu'en interdisant son retour sur le territoire français pour un durée d'un an, le préfet du Nord aurait, eu égard à la durée de cette interdiction, commis une erreur d'appréciation de sa situation personnelle
17. Il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de M. I ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. I est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. I est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E I, à Me Memeti-Kamberi et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière,
Signé :
F. LELEU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°240715
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026