jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARSEILLE |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés les 5 juillet, 28 août et les 11 et 12 septembre 2024, avant la clôture de l'instruction, sous le numéro 2407153, M. B D, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 20 juin 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est empreinte d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- et elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est fondée sur une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui est-elle-même irrégulière ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente.
- et elle est fondée sur une décision d'éloignement qui est-elle-même irrégulière.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- et elle est fondée sur des décisions de refus de séjour et d'éloignement qui sont elles-mêmes irrégulières.
Par un mémoire, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II/ Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés les 5 juillet, 28 août les 11 et 12 septembre 2024, avant la clôture de l'instruction, sous le numéro 2407162, Mme F G, représentée par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 20 juin 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de l'admettre au séjour pour raisons de santé, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an pour raisons de santé :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est empreinte d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine pour avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, prévue par les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- et elle méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est fondée sur une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui est-elle-même irrégulière ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- et elle est fondée sur une décision d'éloignement qui est-elle-même irrégulière.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- et elle est fondée sur des décisions de refus de séjour et d'éloignement qui sont elles-mêmes irrégulières.
Par un mémoire, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration, auquel la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-Algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Marseille, représentant M. D et Mme G, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en ajoutant que les refus de séjour attaqués et les obligations de quitter le territoire français querellées sont entachées d'erreurs manifestes d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés ;
- les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. D et Mme G, assistés de Mme C A, interprète assermentée en langue arabe, qui ont néanmoins répondu, en français, aux questions qui leur ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme G, son épouse, sont des ressortissants algériens nés, respectivement, les 23 janvier 1987 et 12 avril 1990. Ils déclarent être entrés en France le 4 janvier 2023, munis de visas qui leur ont été délivrés par les autorités consulaires espagnoles d'Alger le 24 novembre 2022, qui étaient valables du 26 décembre 2022 au 8 février 2023 et qui autorisaient leur séjour durant 30 jours. Ils ont sollicité, auprès de la préfecture du Pas-de-Calais, le 15 mars 2023, la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Leurs demandes ont toutefois été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 septembre 2023 et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 décembre 2023. Le 14 septembre 2023, Mme G a sollicité son admission au séjour pour raisons de santé alors que M. D a, pour sa part, sollicité, le 12 juin 2024, son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. C'est pourquoi après avoir refusé de les admettre au séjour au titre de l'asile, le 13 février 2024, le préfet du Pas-de-Calais a procédé, le 22 février 2024, aux retraits des obligations de quitter le territoire français et autres décisions accessoires assortissant ces premiers refus de titres de séjour et a, par des arrêtés du 20 juin 2024, refusé de les admettre au séjour en France, pour Madame en qualité d'étranger malade et, pour Monsieur, au titre de sa vie privée et familiale. Et il a assorti ces nouveaux refus de titres de séjour de décisions obligeant M. D et Mme G à quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination de l'Algérie et interdisant leurs retours sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête M. D et Mme G demandent au Tribunal d'annuler toutes les décisions du 20 juin 2024 à l'exception de celles leur octroyant un délai de départ volontaire.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2407153 et n° 2407162 visées ci-dessus concernent la situation d'un couple d'étrangers, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, par suite, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les demandes d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, M. D et Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
4. Par l'arrêté n° 2023-10-75 du 30 octobre 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 140 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation au directeur des migrations et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. H E, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers et signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doivent être écartés.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les décisions de rejet des demandes de titres de séjour :
S'agissant du certificat de résidence algérien d'un an pour raisons de santé sollicité par Mme G :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions d'obtention de titre de séjour sollicités.
6. Or, ainsi qu'il sera dit au point 10 du présent jugement, Mme G, qui ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien pour raisons de santé, n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en ne saisissant pas la commission du titre de séjour aurait entaché la décision attaquée d'un vice de procédure. Ce moyen doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose notamment que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la requérante, cet avis a été émis le 22 février 2024. Il suit de là que le vice de procédure allégué, tiré de l'absence de saisine pour avis du collège médical de l'OFII, doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
9. En l'espèce, d'une part, le préfet du Pas-de-Calais a commis une erreur de droit en estimant, de manière superfétatoire, que Mme G, qui vit en France depuis 18 mois, ne résiderait pas " habituellement " sur le territoire français, et ne pourrait donc pas, de ce fait, se prévaloir des stipulations précitées du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
10. Pour autant, d'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme G souffre d'une pathologie hématologique, à l'origine de vertiges, d'antécédents de thromboses veineuses, de phénomènes hémorragiques lors des césariennes subies ainsi que de méno-métrorragies sévères et d'une anémie chronique par carence en fer. Cette pathologie a toutefois donné lieu, le 12 avril 2024, à une intervention d'ordre gynécologique, laquelle s'est déroulée sans particularité et dont le compte rendu opératoire relève que : " En cas de persistance de la symptomatologie, il est envisageable de réaliser une hystérectomie totale intra ovarienne ". Surtout, si le collège médical de l'OFII a été d'avis le 22 février 2024 que l'état de santé de Mme G nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il a également estimé qu'elle pouvait bénéficier en Algérie des soins adaptés à son état de santé. A cet égard, si les causes de cette pathologie demeurent, à ce jour, inconnues, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, que les recherches diagnostiques ne pourront pas se poursuivre en Algérie. Et, si le certificat médical du 28 juillet 2023, émis par un médecin algérien, fait état de la non disponibilité en Algérie du venofer, traitement propre à sa carence en fer, et mentionne la non disponibilité des bilans biologiques, il ressort toutefois des pièces du dossier, que Mme G a bénéficié en Algérie d'examens biologiques, le 5 novembre 2020 au laboratoire d'analyse médicale de Tipaza, et qu'elle pourra se voir prescrire le générique du venofer, traitement qui lui est administré en France et qui s'avère être présent en Algérie puisque ce même certificat médical en mentionne la rareté. Ainsi, le certificat médical du 28 juillet 2023, seule pièce visant à attester de l'indisponibilité des traitements de la requérante en Algérie, n'est pas de nature à remettre en cause l'avis du collège médical de l'OFII sur cette question. Par suite, Mme G, qui n'établit pas, par les pièces produites, qu'elle ne pourra pas effectivement bénéficier en Algérie d'un traitement approprié à son état de santé, n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant, pour ce motif, de l'admettre au séjour pour raisons médicales, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations précitées du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ne se serait pas livré à un examen sérieux de sa situation ou aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an pour raisons de santé.
S'agissant du certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sollicité par M. D :
12. En premier lieu, ainsi qu'il sera dit au point 14 du présent jugement, M. D, qui ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien pour raisons familiales, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en ne saisissant pas la commission du titre de séjour aurait entaché la décision attaquée d'un vice de procédure. Ce moyen doit donc être écarté.
13. En second lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule notamment que : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
14. En l'espèce, M. D déclare être entré en France en janvier 2023, à l'âge de 36 ans. Il n'y réside donc irrégulièrement que depuis un an et demi à la date d'adoption de la décision attaquée. Si sa femme et leurs trois enfants, tous de nationalité algérienne, sont présents sur le territoire français, la cellule familiale pourra se reconstituer en Algérie, où les enfants pourront poursuivre leurs scolarités sans être séparés de leurs parents. En effet, l'épouse de M. D, qui est également en situation irrégulière sur le territoire français, a fait l'objet, le même jour que le requérant, d'une obligation de quitter dans un délai de 30 jours le territoire français à destination de l'Algérie. En outre M. D, qui ne dispose pas d'autres attaches familiales en France que sa femme et ses trois enfants, n'établit pas ne pas disposer de telles attaches dans son pays d'origine. A cet égard, s'il fait valoir à l'audience qu'il n'a plus de contact avec sa famille, avec laquelle il entretiendrait des relations conflictuelles suite à son mariage, ces éléments, qui constituent le cœur de sa demande de protection internationale, n'ont pas été tenus pour établis par les instances chargées de l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, si M. D dispose d'une promesse d'embauche en tant qu'agent de confection textile, domaine dans lequel il n'établit pas disposer de compétences professionnelles, il n'est, pour l'heure, pas autorisé à travailler en France et il ressort des pièces du dossier qu'il était policier en Algérie, où rien n'interdit de penser qu'il pourra retrouver un emploi, éventuellement hors de Tipaza où réside les membres de sa famille. Enfin s'il se prévaut de son apprentissage de la langue français, de ses activités bénévoles auprès des restaurants du cœur et du comité local du secours populaire français et fourni trois attestations de connaissances, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour considérer qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour pour raisons familiales, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations précitées du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ne se serait pas livré à un examen sérieux de sa situation ou aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ".
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les obligations de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 11 et 15 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions refusant d'admettre les requérants au séjour, ne peuvent qu'être écartés.
17. En second lieu, L'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
18. En l'espèce, Mme G et M. D déclarent être entrés en France en janvier 2023, respectivement à l'âge de 36 et de 33 ans. Ils n'y résident donc, de manière irrégulière, que depuis un an et demi à la date d'adoption des décisions attaquées. S'ils sont présents sur le territoire français avec leurs trois enfants mineurs, la cellule familiale pourra se reconstituer en Algérie, où les enfants pourront poursuivre leurs scolarités sans être séparés de leurs parents. En outre, ils ne disposent d'aucune autre attache familiale sur le territoire français et, alors que M. D n'établit pas ne pas disposer de telles attaches en Algérie, il ressort des pièces du dossier que Mme G a ses parents, ses quatre frères et ses quatre sœurs en Algérie, lesquels vivent dans une ville située à 5 heures de Tipaza, où rien n'interdit de penser que la famille pourra s'installer. Enfin, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 14 du présent jugement, M. D n'établit pas qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés, Mme G ne se prévaut, à l'exception de son état de santé dont il a été mentionné qu'il pouvait faire l'objet d'une prise en charge adaptée en Algérie, d'aucun élément de nature à établir qu'elle disposerait en France du centre de ses intérêts privés. Il suit de là que M. D et Mme G ne sont pas fondés à soutenir qu'en les obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ou commis des erreurs manifestes dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur leurs situations personnelles.
19. Il résulte de ce qui précède que M. D et Mme G ne sont pas fondés à solliciter l'annulation des décisions du 20 juin 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais les a obligés à quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les décisions fixant le pays de renvoi :
20. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions obligeant les requérants à quitter le territoire français, ne peuvent qu'être écartés.
21. Il résulte de ce qui précède que M. D et Mme G ne sont pas fondés à solliciter l'annulation des décisions du 20 juin 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a fixé l'Algérie comme pays de destination des mesures d'éloignement prises à leur encontre.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :
22. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 11, 15 et 19 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions refusant d'admettre les requérants au séjour et les obligeant à quitter le territoire français, ne peuvent qu'être écartés.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D et Mme G, aux fins d'annulation des décisions du 20 juin 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a interdit leurs retours sur le territoire français pour des durées d'un an, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
24. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. D et Mme G ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, des sommes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D et Mme G sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. D et Mme G est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme F G, à Me Marseille et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière,
Signé :
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s2406174 et 2406176
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026