mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Lefebvre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, et à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou de la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Mme C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Horn a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante marocaine née le 10 novembre 2000 à Fès (Maroc), est entrée sur le territoire français le 21 octobre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 20 octobre 2018 au 20 octobre 2019. Elle a ensuite été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 21 octobre 2019 au 20 octobre 2022 renouvelée de nouveau du 1er octobre 2022 au 30 septembre 2023. Le 23 septembre 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 29 février 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur le moyen commun aux décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et interdiction de retour sur le territoire français :
2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 5 février 2024, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs n° 64 de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B D, sous-préfet de Douai, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen, tiré de l'incompétence du signataire de la décision querellée, manque en fait et doit donc être écarté.
Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, inscrite qu'au titre de l'année universitaire 2019-2020 en première année de licence économie gestion à l'univertisté d'Artois a validé ses examens avec une moyenne de 12,147/20 au terme de la deuxième session. Pour l'année universitaire 2020-2021, elle s'est inscrite en deuxième année de licence économie et gestion parcours métiers du management des organisations dans la même université et a obtenu une moyenne de 6,85/20 au troisième semestre et de 10,68/20 au quatrième semestre en première session. Bien qu'ajournée, elle a été autorisée à poursuivre ses études en troisième année. Toutefois, au terme de l'année universitaire 2021-2022, l'intéressé a obtenu des moyennes de 6,29/20 au cinquième semestre et de 6,66/20 au sixième semestre, en deuxième session de troisième année de licence. Au terme de l'année universitaire 2022-2023, elle a obtenu une moyenne de 2,37/20 au cinquième semestre et de 4,57/20 au sixième semestre en première session, cette année d'études ayant par ailleurs été émaillée par de nombreuses absences injustifiées et plusieurs 0/20. Enfin, Mme C s'est inscrite, au titre de l'année universitaire 2023 - 2024, pour la troisième année consécutive, en troisième année de licence économie et gestion parcours métiers du management des organisations. Si la requérante soutient que ses mauvais résultats au titre de l'année universitaire 2022 - 2023 sont dus à un désengagement de ses études universitaires en raison d'une perspective d'embauche dans un restaurant de l'aéroport de Zavantem (Belgique), après y avoir réalisé un stage du 11 avril au 22 mai 2022, une telle circonstance révèle précisément un défaut de sérieux dans la poursuite de ses études. La circonstance qu'elle se soit trouvée déprimée après l'échec de ce projet d'embauche n'est en outre pas établie par la production d'une unique attestation de présence à un entretien avec une psychologue le 21 août 2024, lequel est au demeurant très postérieur à la période de déprime alléguée. Dans ces conditions, Mme C, qui n'a obtenu aucun diplôme après cinq années d'études universitaires en France, ne démontre pas la réalité et le sérieux de ses études. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est infondé et doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a examiné de lui-même la situation de Mme C au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour en déduire qu'un refus de séjour ne porterait pas atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale. A cet égard, l'intéressée, célibataire et sans charge de famille, est entrée en France en 2018, après avoir vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Séjournant sur le territoire français sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", elle n'apporte aucune pièce permettant d'établir qu'elle a noué des relations personnelles sur le territoire français. Par suite, le préfet n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de renouveler son titre de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
Sur l'autre moyen soulevé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur l'autre moyen soulevé contre la décision fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
14. Eu égard aux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante, rappelés aux points 4 et 6 du présent jugement, et alors même que l'intéressée n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de la requérante une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
16. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
J. HornLe président,
Signé
B. Baillard
La greffière,
Signé
S. Dereumaux
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2407459
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