mercredi 28 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407683 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP E. FORGEOIS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, et un mémoire, enregistré le 5 août 2024, la société TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le maire de Camphin-en-Carembault s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 059 123 24 0004 déposée le 13 mars 2024 pour l'implantation d'un pylône d'antenne-relais de téléphonie mobile sur le territoire de cette commune, et de la décision du 24 avril 2024 rejetant le recours gracieux formé à son encontre ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de Camphin-en-Carembault de lui délivrer un certificat de non-opposition à cette déclaration, dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, à titre subsidiaire, d'édicter un arrêté provisoire de non-opposition à cette déclaration, dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Camphin-en-Carembault la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
Sur l'urgence, que :
- il existe un intérêt public s'attachant au déploiement du réseau de téléphonie mobile, la société TDF, en tant que pétitionnaire et cocontractant de la société SFR, peut se prévaloir de l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile ainsi que des obligations de l'opérateur posées par l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) et justifier, par cette seule raison, de l'urgence au regard des obligations pesant sur la société SFR ;
- en outre, la décision litigieuse porte atteinte à un intérêt personnel, direct et immédiat de la société TDF, dès lors qu'elle remet en cause le respect de ses engagements contractuels vis-à-vis de la société SFR ainsi que ceux de l'opérateur de téléphonie mobile dont la société TDF défend les intérêts ;
Sur le doute sérieux, que :
- l'arrêté en litige du 9 avril 2024, notifié après la naissance, le 13 avril 2024, d'une décision tacite de non-opposition, constitue un retrait de cette dernière et que ce retrait est intervenu sans mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le motif de cet arrêté, tiré de la méconnaissance des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme, est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, la commune de Camphin-en-Carembault, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée
- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors, en particulier, que l'arrêté en litige a été notifié dès le 11 avril 2024, via le portail électronique, et que cette notification est intervenue avant la naissance d'une décision tacite de non-opposition.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 août 2024 à 14 heures, en présence de Mme Blanc, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Le Rouge de Guerdavid, substituant Me Bon-Julien, représentant la société TDF, qui reprend les conclusions et moyens de ses écritures ;
- et Me Robillard, substituant Me Forgeois, représentant la commune de Camphin-en-Carembault, qui reprend les conclusions et moyens de ses écritures, et qui ajoute que, la demande ayant été déposée par voie électronique, l'administration pouvait lui notifier l'arrêté en litige également par voie électronique sur le fondement de l'article L. 112-14 du code des relations entre le public et l'administration.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société TDF a déposé le 13 mars 2024 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 059 123 24 00004, ayant pour objet l'installation d'un pylône d'antenne-relais de téléphonie mobile, sur la parcelle cadastrée 123 ZB 110 à Camphin-en-Carembault. Par un arrêté du 9 avril 2024, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable. La société TDF demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. La société TDF établit, par la production de cartes de couverture du réseau de l'opérateur de téléphonie SFR, que le secteur en cause du territoire de la commune de Camphin-en-Carembault n'est que partiellement couvert par les réseaux de téléphonie mobile propres à cet opérateur, pour le compte duquel le projet est envisagé. Elle démontre ainsi que la station relais projetée permettra de couvrir des zones actuellement non prises en charge par les antennes relais déjà implantées sur le territoire communal. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à la finalité de l'infrastructure projetée, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. D'une part, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Aux termes de l'article R. 423-23 dudit code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Il résulte de ces dispositions que l'auteur d'une déclaration préalable doit être mis en mesure de savoir de façon certaine, au terme du délai d'instruction prévu par le code de l'urbanisme, s'il peut ou non entreprendre les travaux objet de cette déclaration. La notification de la décision d'opposition avant l'expiration du délai d'instruction, qui n'est pas un délai franc, constitue dès lors une condition de légalité de cette décision. Cette notification intervient à la date à laquelle le demandeur accuse réception de l'arrêté portant opposition à déclaration préalable, en cas de réception dès la première présentation du pli, ou à défaut doit être regardée comme intervenant à la date à laquelle le pli est présenté pour la première fois à l'adresse indiquée par le demandeur.
6. D'autre part, aux termes du II de l'article R. 474-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'en application du présent livre et des articles L. 112-14 et L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité compétente notifie un document par voie électronique à un usager, l'intéressé est réputé en avoir reçu notification : / () / 2° En cas d'utilisation d'un procédé électronique tel que mentionné à l'article R. 112-17 du code des relations entre le public et l'administration, par dérogation à l'article R. 112-20 du même code, le lendemain de la date d'envoi de l'avis de dépôt à l'usager ". Aux termes de l'article R. 112-17 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une administration souhaite recourir à un procédé électronique, prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15 et ne relevant pas de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, elle informe les personnes intéressées, dont il lui appartient de recueillir l'accord exprès, des caractéristiques du procédé utilisé, conforme aux règles fixées par le référentiel général de sécurité prévu à l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 précitée, ainsi que des conditions de mise à disposition du document notifié, de garantie de l'identité de son destinataire et de prise de connaissance par ce dernier. Elle leur indique également les modalités de mise à jour des coordonnées et le délai de préavis prévu à l'article R. 112-18 () ".
7. En l'espèce, si la commune de Camphin-en-Carembault indique avoir transmis l'arrêté attaqué par voie électronique le 11 avril 2024 à la société TDF, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accord exprès de cette dernière aurait été recueilli dans les conditions prévues par les dispositions précitées des articles R. 474-1 du code de l'urbanisme et R. 112-17 du code des relations entre le public et l'administration. Cet arrêté ne peut donc être regardé comme ayant été valablement notifié le 11 avril 2024. Cet arrêté en litige, qui doit ainsi être regardé, ainsi que le soutient la société requérante, comme ayant été notifié après la naissance, le 13 avril 2024, d'une décision tacite de non-opposition, constitue un retrait de cette dernière.
8. La décision portant retrait d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de la décision d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
9. La société TDF soutient que l'arrêté en litige est intervenu sans mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ce moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'est pas, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 avril 2024 du maire de Camphin-en-Carembault jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Lorsqu'une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est suspendu par le juge des référés, la décision initiale est provisoirement rétablie à compter de la date de lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette suspension. L'exécution de la présente ordonnance, qui suspend l'exécution de la décision par laquelle le maire de Camphin-en-Carembault a procédé au retrait de la décision tacite de non-opposition à sa déclaration, précédemment acquise par la société TDF, a pour effet de rétablir provisoirement cette décision tacite de non-opposition, et implique nécessairement la délivrance, à titre provisoire, du certificat de non-opposition, prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de Camphin-en-Carembault de délivrer ce certificat dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais du litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Camphin-en-Carembault une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la société TDF et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société TDF, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée au même titre par la commune de Camphin-en-Carembault.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le maire de Camphin-en-Carembault a procédé au retrait de la décision tacite de non-opposition précédemment acquise par la société TDF sur sa déclaration enregistrée sous le n° DP 059 123 24 00004 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Camphin-en-Carembault de délivrer provisoirement à la société TDF l'attestation de non-opposition à la déclaration visée à l'article 1er ci-dessus dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Camphin-en-Carembault versera à la société TDF la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par commune de Camphin-en-Carembault au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société TDF et à la commune de Camphin-en-Carembault.
Fait à Lille, le 28 août 2024.
Le juge des référés,
Signé,
J. ROBBE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026