jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407876 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, M. B A C, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui restituer son passeport ou autre document de voyage retenu par les services de police dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi que de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de mille cinq cents euros (1 500 euros), à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de mille cinq cents euros (1 500 euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord le 27 juillet 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertésfondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grard en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grard, magistrate désignée,
- et les observations de Me Clément, représentant M. A C ; il conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il précise que le moyen tiré de l'erreur de droit résulte de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la mesure d'éloignement sur le fondement de laquelle a été prise la décision attaquée date du 24 mai 2023 et ne peut se voir appliquer les nouvelles dispositions issues de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration et que l'erreur manifeste d'appréciation soulevée réside dans l'absence de risque de fuite présenté par M. A C ; il ajoute en outre que l'arrêté est illégal dès lors qu'il assigne M. A C dans un arrondissement dans lequel il ne réside pas et que l'arrêté est entaché d'un détournement de procédure dès lors qu'il a été édicté à l'occasion de la convocation de M. A C a un entretien dans le cadre d'une enquête à mariage ;
- et les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Nord.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. A C, ressortissant algérien, né le 4 janvier 2000, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
3. En l'espèce, la décision attaquée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Elle mentionne l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé le 24 mai 2023 et précise que la mesure en litige est prise en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement. Elle comporte ainsi les circonstances de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, par un arrêté du 4 avril 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord n° 2024-126, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, en particulier, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ". Ces dispositions, issues du 2° du VI de l'article 72 de cette loi sont d'application immédiate ainsi que cela résulte du IV de l'article 86 de la même loi, soit le lendemain de la publication de la loi au Journal officiel de la République française, en l'absence de disposition réglementaire nécessaire à leur application.
6. Il ne ressort d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire français deviendrait caduque à défaut d'avoir été exécutée dans un délai déterminé. En effet, si les dispositions de l'article L. 731-1 de ce code, dans leur rédaction antérieure à la loi du 26 janvier 2024, faisaient obstacle à l'assignation à résidence d'un étranger sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire prise plus d'un an auparavant, elles n'avaient ni pour objet ni pour effet de mettre fin aux effets de la mesure d'éloignement, l'étranger demeurant toujours dans l'obligation de quitter le territoire. Il s'ensuit que l'écoulement du temps depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. A C le 24 mai 2023, n'a pas, en lui-même, eu pour effet de placer l'intéressé dans une situation juridique définitivement constituée et M. A C ne peut se prévaloir d'aucun droit acquis faisant obstacle à l'application de règles nouvelles à sa situation. Par conséquent, les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 étaient applicables à la situation de M. A C, qui a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français moins de trois ans à la date de l'arrêté portant assignation à résidence. Il résulte de ces éléments que l'arrêté du préfet du Nord n'est pas entaché d'une erreur de droit tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, l'existence d'un risque de fuite ne constitue pas une des conditions prévues par l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'édiction d'une mesure d'assignation à résidence. Il ne ressort par ailleurs pas des termes du dossier que le préfet du Nord a fondé la décision attaquée sur l'existence d'un tel risque. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est inopérant et ne peut par suite qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que, si la décision attaquée mentionne que M. A C est assigné à résidence dans l'arrondissement de Lille, l'arrêté précise l'adresse exacte de sa résidence à Douai et prévoit que l'intéressé fera constater sa présence en se présentant dans les locaux du commissariat de police de Douai. Dans ces conditions, la mention de son assignation dans l'arrondissement de Lille et non de Douai relève d'une erreur de plume, qui ne peut avoir d'incidence sur la légalité de la décision attaquée.
9. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le droit au séjour de M. A C a été contrôlé à l'occasion d'une enquête diligentée en raison de son projet de mariage. Cette enquête a révélé l'irrégularité de son séjour et l'existence d'une mesure d'éloignement préalable à son encontre. La décision d'assignation à résidence contestée, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de lui interdire de se marier, ne saurait dans ces conditions être regardée comme ayant été motivée par la volonté de faire échec à son projet de mariage. Dès lors, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.
10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A C est assigné à résidence à son domicile, qu'il partage avec sa compagne, le couple n'ayant pas d'enfant. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à démontrer que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. A C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Clément et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
E. GRARD La greffière,
Signé
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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