vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407877 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024 sous le numéro 2407877, Mme B F E, représentée par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas contraire, le versement à elle-même de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par un auteur incompétent ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
-il est entaché d'une erreur de droit ;
-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
II. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024 sous le numéro 2407972, Mme B F E, représentée par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas contraire, le versement à elle-même de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par un auteur incompétent ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
-l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, lu son rapport et entendu
- les observations de Me Clément, représentant Mme E , qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens ;
- et de Me Iscen, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet des deux requêtes.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes n° 2407877 et 2407972, introduite par la même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les deux instances.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, les arrêtés litigieux ont été signés par Mme D C, qui disposait d'une délégation à cet effet consentie par le préfet du Nord par un arrêté du 4 avril 2024, publié le lendemain au recueil n° 2024-126 des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire doit donc être écarté.
4. En second lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquels ils se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée en France au début de l'année 2023, sous couvert d'un visa de court séjour. La requérante expose être restée après l'expiration de son visa en raison d'une situation d'épuisement moral qui l'a laissée incapable de repartir, et indique avoir une tension artérielle très élevée de manière chronique et avoir eu des idées suicidaires. Toutefois, la seule production de certificats médicaux établis au Gabon à la fin de l'année 2022 faisant état de manifestations somatiques dues à un état anxieux, ne permet pas de caractériser l'existence d'un lien entre son état de santé et le fait d'être restée en France. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier qu'elle exerce une activité bénévole au sein d'une association d'entraide située à Lille et qu'elle indique avoir l'intention de suivre un enseignement de master 2 mention " management - environnement social et digital ", cohérente avec sa longue expérience professionnelle au sein de l'Organisation des nations unies, ces circonstances, eu égard au caractère récent de son entrée sur le territoire et à l'absence de liens d'une intensité particulière noués en France, ne sont pas de nature à faire regarder la décision attaquée comme méconnaissant son droit au respect de sa vie privée et familiale.
7. En second lieu, et pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la légalité de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire :
9. Il résulte des dispositions du 3° l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire à un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français lorsqu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il l'a été dit, que Mme E s'est maintenue en France au-delà de la durée de validité de son visa. Par ailleurs, le passeport qu'elle présente est expiré depuis le 27 novembre 2023 et n'est donc pas en cours de validité. Dès lors, et alors même que le fait qu'elle a indiqué lors de son audition par les services de police qu'elle souhaitait rester en France pour poursuivre des études ne peut s'analyser comme une déclaration expresse d'intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement, en l'absence de toute circonstance particulière, il résulte des dispositions citées au point précédent que le préfet du Nord était fondé à estimer que le risque qu'elle se soustrait à la mesure d'éloignement était établi. Les moyens tirés de l'erreur de droit et l'erreur manifeste d'appréciation doivent dès lors être écartés.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 10 des motifs du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la légalité de l'assignation à résidence :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
15. D'une part, Mme E ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier que, dès lors qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé, il ne soit pas prononcé d'interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, compte-tenu des faits qui été rappelés au point 10 des motifs du présent jugement, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de cette interdiction. Ce moyen doit donc être écarté, de même que celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme E doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F E, à Me Clément et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
P. A
La greffière,
Signé :
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026