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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407880

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407880

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUBAKER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet et 2 août 2024, M. B D demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination pour l'exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français à laquelle il a été condamné ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante (150) euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de deux mille (2 000) euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 27 juillet 2024 au préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grard en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard, magistrate désignée,

- les observations de Me Boubaker, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D, assisté de Mme C, traductrice assermentée en langue penjabi ;

- les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de larequête.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 6 février 2024, le tribunal correctionnel de Lille a prononcé à l'encontre de M. D, se déclarant de nationalité palestinienne et né le 30 décembre 1985, une peine d'emprisonnement de huit mois et une interdiction judiciaire du territoire pour une durée de deux ans. Par une décision du 27 juillet 2024, le préfet du Nord a fixé le pays de destination pour l'exécution de cette peine d'interdiction judiciaire du territoire français. Par sa requête, M. D demande l'annulation de la décision du préfet du Nord du 27 juillet 2024.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30 et 131-30-2 du code pénal ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " La peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime, d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement d'une durée supérieure ou égale à trois ans ou d'un délit pour lequel la peine d'interdiction du territoire français est prévue par la loi. () L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La désignation du pays de renvoi, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et devant être motivée en application du 1° de l'article L. 211-2 de ce même code.

4. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise les textes applicables, en particulier les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que M. D a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de deux ans par jugement du tribunal correctionnel de Lille du 6 février 2024 et que si l'intéressé se déclare de nationalité palestinienne, il est connu sous différentes identités et nationalités, notamment algérienne. La décision comporte ainsi les motifs de droit et de fait pour lesquels le préfet a fixé le pays à destination duquel M. D doit être éloigné et est, dès lors, suffisamment motivée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, par un arrêté du 5 mars 2024 publié le même jour au recueil spécial n° 2024-097 des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de la décision en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord a prononcé un éloignement à destination du pays dont le requérant a la nationalité, ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou à destination d'un autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Si le requérant, se disant de nationalité palestinienne, né à Gaza, soutient qu'il serait exposé à des risques graves pour sa vie en cas de retour en Palestine, du fait de l'actuel contexte de guerre, il ne justifie ni de la nationalité palestinienne qu'il revendique, ni d'un dépôt d'une demande d'asile en France ou en Belgique, pays dans lequel il a déclaré résider lors de son audition du 3 février 2024 par les services de police, ni n'évoque aucun élément précis le concernant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est aussi connu sous les identités de Kiar D et Hachi Hamadouch B, de nationalité algérienne. En outre, le préfet a accompli toutes diligences auprès des autorités algériennes, marocaines, tunisiennes et israéliennes afin d'établir la nationalité de M. D. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 juillet 2024 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

E. GRARD La greffière,

Signé :

V. LESCEUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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