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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407936

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407936

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEWAELE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet du préfet du Nord concernant le renouvellement du titre de séjour de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant ayant bénéficié de récépissés régulièrement renouvelés jusqu'au 21 juillet 2024 et sa demande de changement de statut ne relevant pas de l'urgence présumée. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née le 20 janvier 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et de prendre une décision expresse sur sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'urgence est présumée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ; en l'absence de tout document justifiant de la régularité de son séjour, son contrat de travail va être suspendu et, sans ressource, il ne pourra subvenir aux besoins de sa compagne et de ses deux enfants mineurs ; il risque à tout moment d'être éloigné ;

- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet ne s'est pas livré à un examen sérieux de sa situation ;

- il remplit les conditions posées aux articles L. 423-7, L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2024, à 14h15 :

- le rapport de Mme Leguin, juge des référés ;

- les observations de Me Lescene, substituant Me Dewaele, représentant de M. B, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête et sollicite l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ; il fait par ailleurs valoir qu'il est père d'un deuxième enfant de nationalité française pour lequel il vient de se voir reconnaître un droit de visite ;

- les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir l'absence d'urgence compte tenu de la demande de changement de statut.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un ressortissant guinéen. Il a été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2022 à raison de son statut de mineur confié à l'aide sociale à l'enfance poursuivant une formation. Il a ensuite sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour en se prévalant, selon ses dires, de sa qualité de père d'un enfant de nationalité française, de son ancienne qualité de mineur confié à l'aide sociale à l'enfance et au titre de ses attaches et de son insertion. Il a été muni d'un récépissé régulièrement renouvelé jusqu'au 21 juillet 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Au cas d'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

6. Le préfet du Nord n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la présomption d'urgence qui s'attache à la situation de M. B qui s'est vu délivrer un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour précédemment détenu, dont la validité a expiré le 21 juillet 2024, ce qui fait obstacle à ce qu'il poursuive son contrat de travail et puisse subvenir aux besoins de sa compagne et de ses enfants. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord réexamine la situation de M. B. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte des motifs de celle-ci et, dans l'attente, de lui délivrer, dans le délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ledit réexamen ait été effectué, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Dewaele au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'accorder à M. B le renouvellement de son titre de séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation

de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans un délai de sept jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable pendant ce réexamen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 4 : Sous réserve que l'admission de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, celui-ci versera à Me Dewaele la somme de huit cents (800) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Dewaele, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Lille, le 19 août 2024.

La juge des référés,

signé

AM. LEGUIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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