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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408173

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408173

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er, 29 et 30 août 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à France Travail de se prononcer sur sa demande tendant à l'octroi de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et de lui notifier sa décision dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que France Travail n'a pas répondu depuis plus de quatre mois à sa demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi alors qu'un projet de formation à l'école des métiers de la finance d'entreprise et de l'expertise comptable a été mis en œuvre dans le cadre d'un projet professionnalisé pour son retour à l'emploi et nécessite l'avance des frais ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'utilité en raison de l'imminence et de la nécessité de la formation pour son retour à l'emploi, et ce alors que le revenu de solidarité active qu'il perçoit est d'un montant inférieur à la moitié du SMIC et que son loyer est d'un montant mensuel de 500 euros ;

- le mesure sollicitée n'a pas pour objet de faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative ; France Travail ne peut invoquer les impayés de salaire d'un employeur en liquidation judiciaire pour refuser l'attribution de l'allocation d'aide au retour à l'emploi alors que les conditions permettant le versement de cette allocation sont remplies ;

- le document de France Travail évoquant un échange du 23 avril 2024 est antidaté et est un faux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2024, France Travail, représenté par Me Marc-Antoine Zimmermann, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B d'une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est portée devant une juridiction incompétente pour en connaître dès lors que les contestations formées contre les décisions de rejet de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et leurs dérivés relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire lorsque la période d'activité sur laquelle est effectuée la demande d'allocation concerne une entreprise de droit privé ;

- à titre subsidiaire, une décision de rejet à l'allocation d'aide au retour à l'emploi a été notifiée au requérant le 8 août 2024 ;

- l'absence d'indemnisation du requérant au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi n'empêchera pas l'intéressé d'entrer en formation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail : " I.-L'opérateur France Travail est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : / () / 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et de l'allocation des travailleurs indépendants et, pour le compte de l'Etat, le service des allocations de solidarité prévues à la section 1 du chapitre III du titre II du livre IV de la présente partie, des allocations mentionnées à l'article L. 5424-21, de l'aide prévue au II de l'article 136 de la loi n° 96-1181 du 30 décembre 1996 de finances pour 1997, des sommes restant dues au titre du versement de l'allocation équivalent retraite prévue à l'article L. 5423-18, dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2009, et des sommes restant dues au titre de la prime forfaitaire prévue à l'article L. 5425-3, dans sa rédaction antérieure au 1er septembre 2017, ainsi que le service de toute autre allocation ou aide dont l'Etat lui confierait le versement par convention, et lutter contre le non-recours à ces aides et allocation () ". Aux termes de l'article L. 5312-12 de ce code : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage ou de l'Etat sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution. ".

3. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a entendu prévoir que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assédic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage. Dès lors, le litige qui oppose un particulier à France Travail, relatif à l'ouverture du droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi, s'agissant d'une prestation du régime d'assurance chômage, ne relève pas de la compétence du juge administratif, mais du seul juge judiciaire.

4. En l'espèce, la demande de M. B tend à ce qu'il soit enjoint à France Travail de se prononcer sur sa demande tendant à l'octroi de l'allocation d'aide au retour à l'emploi au titre de l'activité salariée que ce dernier a exercé au sein de la société Garden and Shop et de lui notifier sa décision. De telles conclusions ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception d'incompétence soulevée par France Travail et de rejeter les conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative comme portées devant un ordre de juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de France Travail, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par France Travail au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à France Travail.

Fait à Lille, le 9 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé,

S. STEFANCZYK

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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