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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408360

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408360

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANGLETERRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B, un ressortissant pakistanais, qui contestait un arrêté préfectoral du 6 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le Pakistan comme pays de destination et lui interdisant le retour pour un an. Le tribunal a écarté les moyens d'insuffisance de motivation, de défaut d'examen sérieux, de violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (risques au Pakistan) et d'erreur d'appréciation sur le refus de délai de départ volontaire. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. C B, représenté par Me Dangleterre, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 août 2024 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dangleterre, son avocat, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.

Par un mémoire enregistré le 13 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de moyen ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jaur en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaur, magistrate désignée ;

- les observations de Me Dangleterre, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, abandonne les moyens tirés de l'incompétence, de l'irrégularité de la notification, de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale ; il ajoute que la décision faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé ; il maintient les autres moyens tels qu'invoqués dans la requête ;

- les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue ourdou ;

- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 22 mars 1997, déclare être entré sur le territoire français une première fois en 2020, puis être parti en Espagne et être revenu en France il y a quelques mois. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 février 2021. Par un arrêté du 6 août 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a placé en rétention au centre de Lesquin.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. La préfète de l'Oise énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle fonde ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. M. B soutient qu'il craint, en cas de retour au Pakistan, d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 février 2021 et il n'apporte aucun élément sérieux de nature à étayer ses craintes. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne peut justifier d'une entrée régulière en France n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, le requérant, qui ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, a déclaré lors de son audition par les services de police, " dormir Gare de l'Est " ne justifiant pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, ce motif n'est pas mentionné par le préfet du Nord pour justifier du refus de délai de départ volontaire attaqué alors même qu'il a été interpellé pour tentative de vol à la roulotte et vols à la roulotte. Dans ces conditions, alors que le risque de fuite est avéré, le préfet du Nord a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision faisant interdiction de retour :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne séjournait sur le territoire français que depuis moins de deux ans, de manière discontinue, à la date de son interpellation. Il ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France. De plus, il a été interpellé pour tentative de vol à la roulotte et vols à la roulotte rendant ainsi sa présence susceptible de menacer l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Jean-Christophe Dangleterre et à la préfète de l'Oise.

Jugement rendu à l'issue de l'audience publique du 22 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. JAUR

La greffière,

signé

V. LESCEUX La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2408360

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