vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2408375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 et 20 août 2024, M. A D, représenté par Me Dalil Essakali, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 1er août 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le Maroc comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 80 euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous astreinte de cent euros par jours de retard à compter du trentième jour suivant la notification du présent jugement.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
- elle souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
- elle souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-3, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Dalil Essakali, qui a conclu aux mêmes fins que ses précédents écrits par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- M. D, qui n'a pas formulé de demande d'extraction, étant absent.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 16 mars 1991, est entré irrégulièrement en France le 25 mars 2016. Le 12 novembre 2020, il s'est vu délivrer un titre de séjour d'un an en qualité de parent d'un enfant français. Il en aurait toutefois sollicité le renouvellement tardivement du fait de son hospitalisation dans un établissement psychiatrique sans son consentement, intervenue suite à ses tentatives de suicide consécutives à sa rupture conjugale et à la perte momentanée de contacts avec son fils. Il s'est, quoiqu'il en soit, vu refuser le renouvellement de son titre de séjour par un arrêté du 29 juillet 2022, lequel l'a également obligé à quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination du Maroc. Le 28 septembre 2023 M. D a été écroué à la maison d'arrêt de Béthune suite à des violences avec armes commises le 25 septembre 2023, pour lesquelles il a été condamné, le 13 décembre 2023, à une peine de 3 ans de prison avec 16 mois de sursis ainsi qu'à la révocation totale du sursis dont il avait bénéficié après sa condamnation, le 20 avril 2022, à une peine de 4 mois d'emprisonnement pour vol avec effraction. Le 1er août 2023, M. D s'est vu notifier à la maison d'arrêt des décisions par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du Maroc et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête M. D demande au Tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par l'arrêté n° 2023-10-75 du 30 octobre 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 140 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. B C, chef du bureau de l'éloignement, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qu'il a été, contrairement aux affirmations du requérant, tenu compte de son concubinage actuel, considéré comme récent, ainsi que de la présence en France de son fils de nationalité français, dont il a été considéré que M. D n'établissait pas contribuer à son entretien et son éducation. En outre, l'administration n'avait pas à préciser les motifs à l'origine du retard mis par l'intéressé pour solliciter le renouvellement de son titre de séjour. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale.
4. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France le 25 mars 2016, à l'âge de 25 ans. S'il y a résidé majoritairement irrégulièrement, il est de nouveau entré en France, en avril 2023, après un séjour de quelques mois au Pays-Bas. S'il est le père d'un enfant français, Yanis, né le 19 février 2019, qu'il a reconnu avant sa naissance, en juillet 2018, il est séparé de la mère de son enfant et n'établit pas, par les pièces produites, avoir effectivement fait usage du droit de garde et de visite qui lui a été accordé par le juge aux affaires familiales fin juillet 2022. Ainsi, s'il établit, en produisant des factures d'achats, faire le nécessaire pour assurer l'entretien de son fils, il n'établit pas, en l'état de l'instruction, contribuer à son éducation. Cela est d'autant plus vrai que M. D, qui est incarcéré, ne justifie pas de visites de son fils à la maison d'arrêt où il est écroué depuis le 28 septembre 2023. En outre, s'il dispose en France de sa compagne, chez laquelle il a résidé d'avril 2023 jusqu'à son incarcération, cette relation, nonobstant son intensité, demeure récente. Et M. D, n'établit, par les pièces produites, ni avoir une tante et des cousins et cousines en France, comme il l'affirme, ni ne plus avoir d'attaches familiales au Maroc, où il a résidé durant 25 ans. De plus, M. D, qui ne justifie d'aucun des problèmes psychiatriques qu'il allègue, et dont le comportement, ainsi qu'en attestent les deux condamnations prononcées à son encontre, constitue une menace pour l'ordre public, n'établit pas, par la seule production du certificat de formation générale qu'il a obtenu en décembre 2023 en France, qu'il disposerait désormais, dans ce pays, du centre de ses intérêts privés. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation des décisions l'ayant obligé à quitter le territoire français et ayant refusé de lui octroyer, pour ce faire, un délai de départ volontaire, ne peuvent être accueillies.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions fixant le pays de destination et interdisant son retour sur le territoire français :
7. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
8. Il suit de là que les conclusions de M. D, à fin d'annulation des décisions ayant fixé le Maroc comme pays de destination et ayant interdit son retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de M. D à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais afférents au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Dalil Essakali et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière
Signé :
F. LELEU
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2408375
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026