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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408612

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408612

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. D, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté du préfet du Nord l'assignent à résidence pour 45 jours en vue de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d’insuffisance de motivation, d’incompétence du signataire et de violation du droit d’être entendu. Il a jugé inopérants les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs au titre de séjour, et a estimé que l'assignation n'était ni disproportionnée ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation. La décision se fonde sur les articles L. 731-1 et L. 732-2 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2024, M. A D, représenté par Me Houindo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 août 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens et de verser la somme de 1 800 euros à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance du principe général des droits de la défense ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;

- les observations de Me Houindo, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ; il soutient que la décision méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- M. D étant absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais né le 28 août 1999, a fait l'objet, le 16 novembre 2022, d'un arrêté du préfet du Nord l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant son pays de destination. En vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement, le préfet du Nord, par l'arrêté attaqué, l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. La décision attaquée, qui vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. Par un arrêté du 26 juin 2024, publié le même jour au recueil n° 2024-227 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B C, sous-préfet de Cambrai, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer, dans le cadre des permanences du corps préfectoral, notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit donc être écarté.

4. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 10 août 2024, M. D a été informé de ce que la mesure d'éloignement prise à son encontre pouvait être assortie d'une assignation à résidence, a été invité à présenter des observations sur ce point et a été mis à même de faire part de tout élément relatif à sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. M. D soutient la pathologie dont il souffre s'oppose à son éloignement dès lors qu'elle ne peut pas être prise en charge au Congo. S'il fait valoir qu'il a demandé au préfet du Nord l'abrogation de l'arrêté du 16 novembre 2022, il n'établit pas que le préfet aurait abrogé son arrêté devenu définitif qui a justifié son assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'établit pas davantage que la mesure d'assignation serait disproportionnée ou entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 425-9 relatifs à l'octroi de titre de séjour en qualité d'étudiant et d'étrangers dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, sont inopérants à l'encontre de la décision contestée.

8. Si l'intéressé soutient que la décision attaquée méconnaît les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation, l'article 2 du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales tel qu'amendé par son protocole n° 11, l'alinéa 13 de la Constitution du 27 octobre 1946 ainsi que celui de la Constitution du 4 octobre 1958, la décision en litige n'a pas pour objet de restreindre le droit de M. D à l'instruction et il ne ressort pas des pièces du dossier, en outre, qu'elle aurait un tel effet. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le droit de M. D à l'instruction, à l'éducation et à la formation doit être écarté.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le remboursement d'une somme au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Maître Houindo et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

J. KRAWCZYK La greffière,

Signé :

V. LESCEUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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