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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408613

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408613

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLOKAMBA OMBA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête, enregistrée le 15 août 2024, M. C B, représenté par Me Lokomba Omba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de le faire bénéficier, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 350 euros par jour de retard, des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 551-15, L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'a pas été tenu compte de son état de vulnérabilité, eu égard à sa qualité de personne âgée ;

- et méconnaît également les dispositions de l'article L. 551-15 du même code dès lors que le retard constaté dans l'enregistrement de sa demande d'asile résulte d'un motif légitime puisqu'il n'est que la conséquence de la date de rendez-vous qui lui a été imposée par le guichet unique des demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2024, l'OFII a conclu au rejet de la requête en faisant valoir, d'une part, qu'elle est irrecevable faute pour le requérant de démontrer sa qualité de demandeur d'asile et, d'autre part, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

II/ Par une requête, enregistrée le 15 août 2024, Mme A B, représentée par Me Lokomba Omba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de le faire bénéficier, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 350 euros par jour de retard, des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 551-15, L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'a pas été tenu compte de son état de vulnérabilité, eu égard à sa qualité de personne âgée ;

- et méconnaît également les dispositions de l'article L. 551-15 du même code dès lors que le retard constaté dans l'enregistrement de sa demande d'asile résulte d'un motif légitime puisqu'il n'est que la conséquence de la date de rendez-vous qui lui a été imposée par le guichet unique des demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2024, l'OFII a conclu au rejet de la requête en faisant valoir, d'une part, qu'elle est irrecevable faute pour la requérante de démontrer sa qualité de demandeur d'asile et, d'autre part, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 555-1, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants afghans, nés respectivement les 1er août 1963 et 6 septembre 1962, sont entrés régulièrement en France, par voie aérienne, le 7 mai 2024. Ils ont formulé des demandes d'asile qui ont été enregistrées au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Nord, le 8 août 2024. Le même jour, après qu'ait été évaluées leurs vulnérabilités, M. et Mme B se sont vu refuser, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile parce qu'ils avaient, sans motif légitime, présenté leurs demandes d'asiles plus de quatre-vingt-dix jours après leurs entrées en France. Par les présentes requêtes, M. et Mme B sollicitent l'annulation de ces décisions leur refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2408613 et n° 2408651 visées ci-dessus concernent la situation d'un couple d'étrangers ayant fait l'objet de décisions similaires de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, par suite, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai (de 90 jours) prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / () ".

3. En l'espèce, les décisions attaquées visent les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionnent, qu'après un examen de leurs situations personnelles et familiale, il s'avère que les requérants ont, sans motif légitime, formulé leurs demandes d'asiles après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours suivant leurs entrées en France. Dans ces conditions, la décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peuvent pas être accueillis.

4. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 551-15 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne la décision de refus des conditions matérielles d'accueil, : " Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". A cet égard, l'article L. 522-1 du même code dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". L'article L. 522-3 du même code disposant que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. Toutefois, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite en défense par l'OFII, que M. et Mme B, qui n'étaient âgés que de 62 ans, à la date d'édiction des décisions attaquées, et qui sont hébergés par leur fils en France, ne souffrent d'aucun problèmes de santé ou handicap, n'ont d'ailleurs aucun traitement médicamenteux et ne requièrent pas l'aide d'une tierce personne pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne. Il suit de là qu'ils ne sont pas fondés à soutenir, eu égard à leur appartenance, assez récente, à la catégorie des " personnes âgées ", que le directeur territorial de l'OFII, qui a dûment procédé à l'examen de leurs vulnérabilités, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 551-15 en leur refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

6. En dernier lieu, M. et Mme B n'ont fourni aucun élément de nature à établir à quelle date ils avaient saisi l'association Coallia aux fins d'obtenir des rendez-vous au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Nord en vue de l'enregistrement de leurs demandes d'asile. Ils ne sont donc pas fondés à soutenir que les retards constatés dans ces enregistrements seraient la conséquence directe de la date fixée pour leurs rendez-vous, laquelle ne saurait donc constituer un motif légitime d'enregistrement tardif.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'OFII, les requêtes de M. et Mme B à fin d'annulation des décisions du 8 août 2024, par lesquelles le directeur territorial de l'OFII leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de M. et Mme B à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais afférents au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B à fin d'annulation des décisions du 8 août 2024, par lesquelles le directeur territorial de l'OFII leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A B, à Me Lokomba Omba et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

X. LARUE

La greffière,

Signé :

F. LELEU

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2408613 et 2408651

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