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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408678

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408678

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par Mme A B d’une demande de liquidation de l’astreinte prononcée le 28 juin 2024 à l’encontre du préfet du Nord, pour inexécution d’une injonction de prise en compte de son changement d’adresse et de délivrance d’une nouvelle carte de séjour. Le juge des référés a constaté que les mesures ordonnées n’avaient pas été exécutées dans le délai imparti, la production d’une copie d’écran par le préfet ne démontrant pas la remise effective du titre. En application des articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative, il a procédé à la liquidation de l’astreinte pour la période de retard, sans en modifier le taux, et a admis Mme B au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2311059 du 28 juin 2024, le juge des référés a prononcé une astreinte à l'encontre du préfet du Nord.

Par une requête, enregistrée le 19 août 2024, Mme A B, représentée par Me Fortunato, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n°2311059 du 28 juin 2024, pour la période comprise entre le 29 juillet 2024 et la date d'exécution de l'ordonnance du 28 juin 2024, ou à défaut d'exécution avant la notification de l'ordonnance à intervenir jusqu'au jour de la notification de cette ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que les dispositions de l'ordonnance n°2311059 du 28 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille prescrivant la prise en compte de son changement d'adresse et la délivrance d'une nouvelle carte de séjour pluriannuelle comportant cette adresse n'ont pas été exécutées.

Vu :

- l'ordonnance n° 2311059 du 28 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 2 septembre 2024 à 10 h 30, en présence de Mme Debuissy, greffière, M. Perrin, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Fortunato, représentant Mme. B également présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que la requête ;

- Me Kerrich, représentant le préfet du Nord.

Des pièces ont été produites par le préfet du Nord au cours de l'audience et portées à la connaissance de Me Fortunato.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par son ordonnance n° 2311059 du 28 juin 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ordonné au préfet du Nord de prendre en compte le changement d'adresse de Mme B, et la délivrance d'une nouvelle carte de séjour pluriannuelle comportant cette adresse, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n°2311059.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation d'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

5. L'ordonnance n° 2311059 a été notifiée le 4 juillet 2024. Le délai d'un mois imparti pour l'exécution des mesures qu'elle enjoignait au préfet du Nord de prendre est expiré. Au cours de l'audience, le préfet a produit une copie d'écran d'un fichier informatique qui ne démontre pas qu'une carte de séjour comportant la nouvelle adresse de l'intéressée lui ait été remise. De même, si le préfet a également produit une convocation adressée le 12 juillet 2024 au conseil de la requérante pour un rendez-vous en préfecture afin de fabriquer le titre de séjour, il ne démontre pas ainsi que les mesures prescrites ont été exécutées. Il y a lieu, dès lors, de procéder, au bénéfice de Mme B, à la liquidation définitive de l'astreinte assortissant cette injonction pour la période du 4 août 2024 au 10 septembre 2024, date de la présente ordonnance en modérant cependant la somme due à 1 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Fortunato, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Fortunato d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte fixée par l'ordonnance n°2311059 du 28 juin 2024, pour la période allant du 4 août 2024 au 10 septembre 2024.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fortunato renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Fortunato, avocate de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Fortunato et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée au préfet du Nord et, par application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative, au ministère public près la Cour des comptes.

Fait à Lille, le 10 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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