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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408860

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408860

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant la décision du préfet du Nord fixant l'Algérie comme pays de destination de son interdiction judiciaire du territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son entrée récente et irrégulière en France et de l'absence de liens familiaux stables établis. La solution s'appuie sur les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 août et 3 septembre 2024, M. C B, demande au tribunal d'annuler la décision du 24 août 2024 par laquelle le préfet du Nord a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français de 3 ans, prononcée à son encontre par le Tribunal correctionnel de Lille le 9 juillet 2024.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été édictée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.

Vu la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés signée à Genève le 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Vancauwenberghe, représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'était fondé ;

- et les observations de M. B, assisté de M. A E, interprète assermenté en langue arabe, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 17 juillet 1997, s'est vu notifier, le 5 novembre 2023, une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le 9 juillet 2024, il a été condamné, par le Tribunal correctionnel de Lille, pour détention et cession de produits stupéfiants, à une peine d'emprisonnement délictuel de 6 mois assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de 3 ans. Le jour de sa levée d'écrou, le 24 août 2024, le préfet du Nord a ordonné son placement en rétention et fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction du territoire français dont il a fait l'objet. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi.

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 4 avril 2024, publié le lendemain au recueil n° 126 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision querellée manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision en mentionnant l'interdiction judiciaire du territoire français, encore en vigueur à l'encontre de M. B ainsi que sa nationalité et en faisant application des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen, tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée, doit être écarté.

4. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. En l'espèce, M. B déclare être entré en France fin octobre 2023, à l'âge de 26 ans. Il ne justifie pas de la régularité de son entrée sur le territoire français où il ne résidait irrégulièrement que depuis moins d'un an, desquels il convient de soustraire la durée de sa peine d'emprisonnement, à la date d'adoption de la décision attaquée. Il est sans enfant à charge et doit être regardé comme célibataire, nonobstant la déclaration, en mai 2024, sur sa fiche pénale, d'un concubinage, qui n'existait pas en janvier 2024 et dont il n'est pas précisé l'identité de sa concubine. A cet égard, lors de son audition à l'audience, M. B, qui a précisé être en concubinage depuis 18 mois, n'a pas pu préciser le nom et le prénom de sa compagne et a indiqué qu'elle serait enceinte de ses œuvres alors même que cette grossesse aurait débutée il y a 6 mois et que le requérant a indiqué être continument présent sur le sol français depuis 8 ou 9 mois. S'il a déclaré avoir une sœur à Tourcoing, laquelle a attesté l'héberger, le lien de parenté, alors que sa prétendue " sœur " se nomme Amroune, n'est pas établie et M. B doit donc être regardé, ainsi qu'il l'a déclaré lors de son audition le 22 janvier 2024, comme n'ayant aucune attache familiale en France. En outre, le requérant n'établit pas ne plus disposer de telles attaches en Algérie, où réside toute sa famille. Enfin, M. B, qui est sans domicile et sans profession, ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France, où il est très défavorablement connu des services de police nonobstant sa courte durée de séjour, du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en fixant l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire de 3 ans du territoire français prononcé à son encontre, le 9 juillet 2024 par le tribunal correctionnel de Lille, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 24 août 2024, par laquelle le préfet du Nord a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français de 3 ans, prononcée à son encontre par le Tribunal correctionnel de Lille le 9 juillet 2024.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

X. LARUE

La greffière,

signé

F. LELEU

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2408860

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