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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408905

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408905

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDORE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a annulé l'arrêté du 24 août 2024 par lequel le préfet de l'Aube avait prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A. La juridiction a retenu un vice de procédure, estimant que le droit d'être entendu de l'intéressé, principe général du droit de l'Union européenne, avait été violé. Le préfet n'a pas démontré avoir invité M. A à présenter ses observations avant de prendre la décision, le privant ainsi de la possibilité de faire valoir des éléments pertinents. En conséquence, l'arrêté a été annulé sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2024 par lequel le préfet de l'Aube a prolongé de deux ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;

- les observations de Me Dore, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle soutient que le préfet ne démontre pas que le requérant a été entendu avant la prise de la décision alors qu'il souhaitait faire valoir la circonstance qu'il entretien une relation amoureuse avec une ressortissante française et qu'il exerce une activité professionnelle ;

- le préfet de l'Aube, n'étant ni présent ni représenté ;

- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

2. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aube aurait invité le requérant à présenter des observations sur une éventuelle prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois prise par le préfet de Seine-Saint-Denis qui lui a été notifiée le 12 juin 2023, dès lors que le préfet ne produit au cours de l'instruction aucune pièce de la procédure administrative l'ayant conduit à prendre sa décision. Ainsi, le requérant n'a pas été mis à même de présenter de manière utile et effective les éléments pertinents qui auraient pu influer sur la décision du préfet de l'Aube. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu et du respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable doit être accueilli. Dès lors, l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure qui, en l'espèce, a privé le requérant d'une garantie et est ainsi de nature à l'entacher d'illégalité. Pour ce motif, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 août 2024 par laquelle le préfet de l'Aube a prolongé de deux ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les arrêtés contestés du préfet de l'Aube du 24 août 2024 doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

4. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 24 août 2024 par laquelle le préfet de l'Aube a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. KRAWCZYKLa greffière,

Signé

V. LESCEUX

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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