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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408963

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408963

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMINKO MI NZE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, saisi en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative par Mme A, ressortissante gabonaise, qui demandait la délivrance d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire de séjour après avoir sollicité un changement de statut vers la mention "salarié". Le tribunal constate que le préfet du Nord a délivré à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour le 5 septembre 2024, postérieurement à l'introduction de la requête. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. L'État est condamné à verser 800 euros à Mme A au titre des frais de justice, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024 et des mémoires enregistrés les 31 août 2024 et 19 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Igor Minko Mi Nze, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet du Nord de lui délivrer le récépissé de demande de carte de séjour ou une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, que son employeur a suspendu son contrat de travail faute pour elle de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France, d'autre part, qu'elle est privée de ses revenus du travail, enfin, qu'elle est exposée, depuis le 31 août 2024, date d'expiration de son précédent titre de séjour, au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français ;

- la condition de l'utilité de la mesure sollicitée est remplie ;

- la condition de l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative est remplie.

La présente requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

.

Vu :

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référés régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celles refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. Mme B A, ressortissante gabonaise, née le 5 février 1998 à Oyem (République du Gabon), est entrée en France le 18 septembre 2017 sous couvert d'un passeport gabonais revêtu d'un visa long séjour mention " étudiant ". Mme A a obtenu, le 3 juillet 2020, une licence professionnelle maintenance et technologies, systèmes pluritechniques " sûreté de fonctionnement et techniques avancées de maintenance " de l'institut universitaire de technologie de Valenciennes et, le 23 octobre 2023, le diplôme de master sciences, technologies, santé mention électronique, énergie, électrique, automatique de l'université Jean Monnet de Saint-Etienne. Le 18 mars 2024, Mme A a, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, été recrutée en qualité de consultant junior par la société Abylsen Sigma. Le 30 avril 2024, Mme A, qui avait été rendue destinataire d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 31 août 2024, a sollicité, dans le cadre d'un changement de statut, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". En dépit de la circonstance que Mme A a, les 26 juin 2024 et 22 juillet 2024, complété, à la demande de la sous-préfecture de Valenciennes, son dossier, le préfet du Nord s'est borné à l'informer, le 22 juillet 2024, que sa demande était en cours d'instruction. Mme A demande au juge des référés d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le récépissé de demande de carte de séjour ou une autorisation provisoire de séjour.

4. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a, le 5 septembre 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, édicté au profit de Mme A une autorisation provisoire de séjour pour la période du 5 septembre 2024 au 4 juin 2025. Par un courrier électronique daté du même jour, le pôle étrangers de la sous-préfecture de Valenciennes a invité l'intéressée à procéder au retrait de cette nouvelle autorisation provisoire de séjour. Le préfet du Nord établit que cette autorisation provisoire de séjour a été remise à Mme A le 5 septembre 2024. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sont, à la date de la présente ordonnance, dépourvues objet. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans la mesure où Mme A a dû saisir le juge des référés pour que le préfet du Nord lui délivre l'autorisation provisoire de séjour qu'elle demandait, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Article 2 : l'Etat versera à Mme A la somme de huit cents (800) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Igor Minko Mi Nze, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Lille, le 19 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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