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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408975

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408975

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la demande de suspension de Mme A, ressortissante gabonaise, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour pour soins. Le juge a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la requérante bénéficiait d'une autorisation provisoire de séjour et ne justifiait pas d'une situation de vulnérabilité particulière liée à son cancer. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans se prononcer sur le fond des autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2024 et un mémoire enregistré le 5 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Marion Vergnole, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 22 août 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de se prononcer expressément dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard, en application de l'article L 911-2 du code de justice administrative ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de procéder au nouvel examen de sa demande ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que l'absence de délivrance d'un récépissé la place dans une situation précaire au regard de son droit au séjour, enfin, qu'elle présente une situation de vulnérabilité en raison de la récidive de son cancer ;

- la décision attaquée est dépourvue de motivation ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet du Nord n'établit pas que l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), d'une part, aurait été saisi, d'autre part, aurait rendu son avis dans une formation collégiale de médecins ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, en ce que l'administration n'établit pas que l'avis du collège médical de l'OFII aurait été signé par les membres composant le collège de médecins, permettant ainsi de vérifier qu'ils étaient bien compétents pour ce faire ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour, à savoir un état de santé nécessitant une prise en charge médicale, dont le défaut de prise en charge médicale doit entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce que, d'une part, elle séjourne en France où résident ses deux fils, dont l'un est de nationalité française, et sa fille, de nationalité française, d'autre part, elle a transféré l'ensemble de ses liens privés et familiaux en France ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée est entachée de défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408971 enregistrée le 28 août 2024 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Vu la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Vergnole, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que sa requête ;

- les observations de Me Onmol Khan, pour le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête. Me Khan fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Mme B A, ressortissante gabonaise, née le 9 août 1964, est entrée en France le 8 juin 2016 sous couvert d'un passeport gabonais revêtu d'un visa de type C portant la mention " court séjour circulation ", valable du 29 janvier 2015 au 28 janvier 2018 l'autorisant à séjourner dans les territoires couverts par la convention d'application de l'Accord de Schengen pour une durée n'excédant pas 90 jours. Elle a été mise en possession, à raison de son état de santé, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an à compter du 21 novembre 2016 qui a été régulièrement prolongée jusqu'au 9 octobre 2023. Le 8 août 2023, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Elle a été mise en possession d'un récépissé valable du 9 février 2024 au 8 mai 2024. Entre le 15 janvier 2024 et le 31 mai 2024, Mme A a sollicité à plusieurs reprises la préfecture du Nord aux fins d'être informée de la suite réservée à sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par une lettre du 25 avril 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé Mme A qu'elle avait transmis son avis à la préfecture du Nord le 17 avril 2024. Par une décision réputée intervenue le 8 décembre 2023, le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme A. Le préfet du Nord a également, par une décision implicite réputée intervenue le 19 août 2024, refusé de faire droit à la demande de Mme A tendant à la communication des motifs de la décision implicite de rejet du 8 décembre 2023. Par un arrêté en date du 22 août 2024, intervenu antérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord, qui ne justifie pas de la date de notification de cet acte, a refusé, sur le fondement de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 avril 2024, de faire droit à la demande de Mme A tendant renouvellement de son titre de séjour, abrogé le récépissé de demande de titre de séjour et prononcé à son encontre une mesure d'éloignement du territoire français. Dans le dernier état de ses écritures, Mme A demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 août 2024, en tant qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le respect du délai prescrit pour ce faire. Le préfet du Nord ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

8. Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ".

9. Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical () ".

10. Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

11. En l'état de l'instruction, dans la mesure où le préfet du Nord n'a pas versé au débat l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 avril 2024, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance et tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

12. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. En l'état de l'instruction, le moyen énoncé dans les visas de la présente ordonnance et tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

14. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

16. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de Mme A, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce nouvel examen ait été effectué. En l'espèce, il y a lieu d'assortir ces deux injonctions d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

17. Mme A étant admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet du Nord en date du 22 août 2024, en tant qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A, dans le délai de deux mois à compter la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter de cette même notification, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant ce nouvel examen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vergnole, avocate de Mme A, la somme de huit cents (800) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de huit cents (800) euros sera versée à Mme A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Marion Vergnole, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Lille, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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