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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409051

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409051

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 août et 3 septembre 2024, M. B A C, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 août 2024 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé la Tunisie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152.45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses risques de fuite, l'administration ayant considéré qu'il ne disposait pas de garanties de représentation suffisantes ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire qui sont elles-mêmes irrégulières ;

- elle est entachée, dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, la préfète de l'Oise a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'était fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Dannaud, représentant M. A C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en ajoutant que la menace à l'ordre public relevé n'est pas caractérisée et que l'obligation de quitter le territoire français est empreinte d'une erreur de droit, dès lors que M. A C n'a jamais sollicité ni un titre de séjour vie privée et familiale ni son admission exceptionnelle au séjour et qu'il ne saurait donc se voir obligé de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de M. A C qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées

- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 9 décembre 2003, déclare être entré irrégulièrement en France à la fin du mois d'août 2019. Il a été placé en garde à vue, le 28 août 2024, après un contrôle routier, opéré rue de la République dans la commune de Laigneville à 22h35, alors qu'il circulait sur un scooter déclaré volé depuis la veille. Après qu'il est apparu qu'il était démuni de titre de séjour l'autorisant à séjourner sur le territoire français, il a fait l'objet, le lendemain de son placement en garde à vue, notamment d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de la Tunisie ainsi que d'une interdiction de retour sur le sol français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A C demande au Tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an ; / 3° Une carte de séjour temporaire ; / 4° Une carte de séjour pluriannuelle ; / 5° Une carte de résident ; / 6° Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ; / 7° Une carte de séjour portant la mention " retraité " ; / 8° L'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4, L. 425-10 ou L. 426-21 ". L'article L. 431-1 du même code dispose que : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". Le premier alinéa de l'article L. 431-3 du même code dispose notamment que : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 431-2 du code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. () ". Et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose notamment que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger ne saurait se voir refuser un titre de séjour, et donc être obligé de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'il n'en a pas fait la demande.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des mails de l'avocat de M. A C, que ce dernier a sollicité, le 16 novembre 2023, son admission au séjour en qualité d'étudiant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. A C aurait sollicité son admission au séjour à un quelconque autre titre, l'arrêté attaqué refuse à l'intéressé un titre de séjour pour motif familial, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que son admission exceptionnelle au séjour, en qualité de travailleur ou eu égard à sa vie privée et familiale, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du même code. Il suit de là qu'en obligeant M. A C à quitter le territoire français, en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, suite à des refus de titres de séjours qu'il n'a jamais sollicités, la préfète de l'Oise a entachée sa décision d'une erreur de droit.

5. Par ailleurs, il n'a été tenu aucun compte, dans l'arrêté litigieux, de la circonstance que M. A C, dont il est établit qu'il séjourne en France de façon continue depuis 4 ans, dispose, compte tenu de son jeune âge, d'une importante durée de séjour sur le sol français, ni du fait qu'il y est hébergé par son frère, qui réside régulièrement sur le territoire français et qui s'est vu confié par ses parents la prise en charge de son jeune frère, ni de sa scolarisation continue en France, du fait qu'il y travaille, pour payer ses études, comme livreur, de la circonstance qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite dans l'affaire ayant justifié son placement en garde à vue ou de la circonstance qu'il a sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant ou qu'il a déjà fait l'objet, le 8 mai 2024, d'une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet des Hauts de Seine dont la contestation demeure pendante devant la Cour administrative d'appel de Douai, Il n'y a donc pas lieu, eu égard à l'examen lacunaire dont a fait l'objet le dossier de M. A C, de procéder d'office à une substitution de base légale.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C est fondé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, à solliciter l'annulation, pour erreur de droit, de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par la préfète de l'Oise. Il est donc, par voie de conséquence, fondé à solliciter l'annulation des décisions subséquentes du 28 août 2024 par lesquelles la préfète de l'Oise a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé la Tunisie comme pays de renvoi et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. A C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et que l'intéressé soit muni, sans délai, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 28 août 2024, par lesquelles la préfète de l'Oise a obligé M. A C à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé la Tunisie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. A C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

X. LARUE

La greffière,

signé

F. LELEU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409051

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