vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409139 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 3 et 18 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 28 août 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a assigné à résidence à Crespin pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, au réexamen de sa situation et, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est empreinte d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- et elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné qui a soulevé un moyen d'ordre public tiré de l'incompétence territoriale du préfet du Nord ;
- les observations de Me Cliquennois, subsituant Me Gommeaux, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en abandonnant les moyens tirés de l'incompétence de l'autrice des décisions attaquées ;
- les observations de Me Hau, représentant le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. A qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 25 janvier 1993, est entré en France le 16 décembre 2019, muni d'un visa qui lui a été délivré par les autorités consulaires françaises d'Annaba le 16 septembre 2019, qui était valable du 1er novembre 2019 au 1er février 2020 et qui autorisait son séjour pour une durée de 30 jours. Il a été interpellé, le 28 août 2024, à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré dans le hall de la gare Lille-Flandres à Lille à 10h30. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il n'avait jamais effectué de démarche en vue de la délivrance d'un certificat de résidence algérien, il a fait l'objet, le jour même de son interpellation, d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de l'Algérie ainsi que d'une décision d'assignation à résidence à son domicile, à Crespin, pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation en l'absence de moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
2. L'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. En l'espèce, M. A est entré régulièrement en France le 16 décembre 2019, à l'âge de 26 ans. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il y réside continument depuis lors. En effet, son séjour en France, eu égard aux pièces fournies, doit être regardé comme ayant débuté le 9 septembre 2021, première date à laquelle il a effectué un trajet de train à l'aide d'un billet nominatif, laquelle précède tant son embauche continue comme saisonnier en novembre 2021 que l'établissement de ses avis d'impôts pour les années 2020, 2022 et 2023. M. A doit donc être regardé comme séjournant en France depuis 3 ans en France à la date d'adoption de la décision attaquée, soit depuis l'âge de 28 ans. S'il déclare vivre en concubinage depuis le 1er août 2024 avec une ressortissante française, avec laquelle il serait en couple depuis le début de l'année 2024 et il projetait de se marier, effectuant des démarches en ce sens au jour de son interpellation, cette relation demeure récente à la date d'adoption de la décision attaquée alors que la vie commune, qui n'est pas établie, est extrêmement récente, le requérant vivant encore dans le département du Tarn et Garonne en juillet 2024 alors que sa compagne vivait dans le Nord. Le couple n'a pas d'enfant et leur projet matrimonial n'était pas abouti au jour d'édiction de la décision litigieuse, M. A s'étant vu remettre le 31 août 2024 un certificat de non mariage. Par ailleurs M. A n'allègue pas disposer d'autres attaches familiales en France, toute sa famille, à savoir ses parents, ses 5 sœurs et ses 2 frères selon ses déclarations à l'audience, résidant en Algérie. En outre, alors que M. A alléguait travailler sans autorisation sur des chantiers, il ressort des pièces du dossier qu'il a continument travailler comme manutentionnaire saisonnier de fruits et légumes entre novembre 2021 et juillet 2024. Toutefois il n'établit pas qu'il ne pourrait pas retrouver un emploi en Algérie, où il a suivi une formation universitaire, en géologie, selon ses déclarations à l'audience, et occupait, avant son départ, selon l'attestation de l'un de ses proches qu'il a confirmées, un poste de pompier professionnel depuis 5 ans. Et si M. A a obtenu, le 4 septembre 2023, son certificat d'aptitude à la conduite en sécurité de chariots à conducteur porté et qu'il est inscrit depuis le 6 décembre 2023 au centre national de formation privé à distance pour une formation d'électricité avec stage obligatoire, ces circonstances, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourra pas poursuivre sa formation à distance en Algérie, ne sont pas suffisants pour considérer qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
4. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
5. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".
6. En l'espèce, s'il ne ressort pas de ses propos en audition que M. A ait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, se bornant à faire état de son souhait de demeurer en France, il n'en demeure pas moins qu'il s'est maintenu en France au-delà de la durée de validité de son visa où il n'établit pas avoir sollicité un certificat de résidence algérien. Ainsi, conformément aux dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que M. A se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être regardé comme établi. De sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte donc de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'assignation à résidence :
8. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur au jour d'édiction de la décision attaquée, dispose que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
9. En l'espèce, la décision attaquée, du 28 août 2024, est fondée sur l'obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français dont a fait l'objet M. A le même jour, laquelle a donc été prise moins de trois ans auparavant. Par ailleurs, M. A étant en possession d'un passeport valable jusqu'en février 2027 ainsi que d'une attestation d'hébergement au domicile de sa concubine à Crespin, où il a été assigné à résidence, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il suit de là que les moyens, tirés de ce que le préfet du Nord aurait, en assignant M. A à résidence, méconnu les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commis une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
10. Il résulte donc de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a assigné à résidence à son domicile, à Crespin, pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. A ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gommeaux et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière,
Signé :
F. LELEU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2409139
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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