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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409231

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409231

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARICOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de le maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Varenne en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Varenne, magistrate désignée,

- les observations de Me Maricourt, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige et reprend les autres moyens invoqués dans la requête ; il soutient, en outre, que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait, d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile présentée par M. A en rétention ne présentant pas de caractère dilatoire ;

- les observations de M. A qui répond aux questions posées par le tribunal ;

- le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 22 décembre 1992 à Lahou-Kpanda (Côte d'Ivoire), a fait l'objet, le 28 mai 2023, d'un arrêté du préfet du Nord l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français, arrêté dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Melun du 4 octobre 2023 puis par une ordonnance de la Cour administrative d'appel de Paris du 18 décembre 2023. Le 30 juillet 2024, il a été placé en centre de rétention administrative en vue de l'exécution de cet arrêté. Il a sollicité, en rétention, le bénéfice d'une protection internationale. Par l'arrêté attaqué, le préfet du Nord a décidé de maintenir M. A en rétention le temps de l'examen de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

3. En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors qu'il n'aurait pas refusé la prise de ses empreintes décadactylaires en vue de la consultation du fichier Eurodac et qu'il disposerait d'un domicile stable, il ne verse au débat aucun élément de nature à corroborer ses allégations. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté. Il y a lieu, pour les mêmes motifs, dès lors que l'autorité préfectorale a examiné la situation du requérant à l'aune des éléments dont elle disposait à la date de l'arrêté attaqué, d'écarter également le moyen tiré de ce que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de l'intéressé.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A séjourne en France depuis 2009. Il a sollicité une première fois le bénéfice d'une protection internationale le 14 juin 2011 qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mai 2012 puis par un jugement de la Cour nationale du droit d'asile du 8 février 2013. Il a ensuite fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement à l'exécution desquelles il s'est soustrait. Placé en centre de rétention le 30 juillet 2024 pour l'exécution de la dernière mesure d'éloignement prise à son encontre le 28 mai 2023 par le préfet du Nord, il n'a sollicité le réexamen de sa demande d'asile que le 4 septembre 2024, 35 jours après son placement en centre de rétention et la veille du vol à destination de la Côte d'Ivoire sur lequel il devait embarquer afin d'exécuter cette mesure d'éloignement. Interrogé sur le dépôt tardif de cette demande de réexamen, plus de dix après sa première demande d'asile et un mois après son placement en rétention, l'intéressé s'est borné à indiquer de façon peu probante avoir voulu privilégier la voie d'une régularisation par le biais de l'admission exceptionnelle au séjour puis, une fois placé en centre de rétention, n'avoir pas eu connaissance de la possibilité qui lui était offerte de former une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il n'a par ailleurs porté à la connaissance du tribunal aucun élément nouveau de nature à justifier le dépôt tardif de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que la demande d'asile présentée par M. A en rétention avait pour seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

6. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a maintenu en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Prononcé en audience publique le 25 septembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

M. VARENNE

La greffière,

Signé

O. MONGET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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