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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409394

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409394

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé, a été saisi par M. A d’une demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour « travailleur temporaire », prise par le préfet du Nord. Lors de l’audience, la requête a été requalifiée en contestation du refus explicite d’enregistrement de sa demande de renouvellement. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la condition d’urgence n’était pas établie et que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, notamment au regard des articles L. 421-3 et L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Emilie Dewaele, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 27 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et de prononcer une décision expresse, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée, qui le place dans une situation irrégulière au regard de son droit au séjour, l'expose à un risque d'être placé en rétention administrative ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité administrative incompétente pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 421-3 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas discutée ;

- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée est inopérant ;

- le moyen tiré du défaut de motivation sera laissé à l'appréciation du tribunal ;

- le moyen tiré de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation de M. A n'est pas fondé, dès lors qu'il n'était pas tenu de procéder d'office à un examen de la possibilité pour M. A de bénéficier d'une autorisation de séjour sur le fondement d'une disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 435-3) autre que celle sur laquelle il avait fondé sa demande de renouvellement (article L. 421-3) ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales n'est pas fondé.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2409398 enregistrée le 11 septembre 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Fourdan, substituant Me Dewaele, représentant M. A, qui a requalifié les conclusions de la requête comme tendant à la suspension de la décision en date du 2 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord avait refusé de procéder à l'enregistrement de la demande de M. A tendant au renouvellement de son titre de séjour. Elle a soutenu que cette décision n'était pas fondée, dès lors que la demande de renouvellement de titre de M. A n'était pas dilatoire et que le dossier joint à sa demande, qui était complet, n'avait pas à comporter une autorisation de travail, compte tenu qu'il n'effectuait que des missions d'intérim. Elle a soutenu également que cette décision était insuffisamment motivée, qu'elle avait été prise en méconnaissance des articles L. 435-3 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle était entachée d'erreur de droit, d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A et d'erreur manifeste d'appréciation et qu'elle avait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales ;

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu au rejet des conclusions requalifiées de la requête. Il a fait valoir que le dossier joint à la demande de renouvellement de titre de M. A était incomplet, en ce qu'il ne comportait pas l'autorisation de travail requise et que les autres moyens invoqués à l'audience n'étaient pas fondés.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. M. B A, ressortissant malien, né le 9 janvier 2000 à Gourdy (République du Mali), déclare être entré en France en avril 2016 en qualité de mineur isolé. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à l'âge de sa majorité. Il a, en juillet 2020, obtenu le diplôme du certificat d'aptitude professionnelle (CAP) des métiers du plâtre et de l'isolation. Le 10 mars 2023, le préfet du Nord a, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, délivré à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " dont la validité expirait le 9 mars 2024. Le 27 novembre 2023, antérieurement à l'expiration de la durée de validité de son titre de séjour, M. A a sollicité le renouvellement de ce titre. M. A a alors été mis en possession du récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la validité expirait le 3 juillet 2024. Par une décision réputée intervenue le 27 mars 2024, le préfet du Nord a, selon M. A, implicitement refusé de faire droit à sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, par un courrier électronique du 4 avril 2024, le préfet du Nord a demandé à M. A de compléter le dossier joint à sa demande de renouvellement de titre de séjour en produisant, conformément à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un état récapitulatif de ses missions de travail sur les douze derniers mois et une copie de son contrat de travail. M. A, selon le préfet du Nord, a communiqué au service compétent la copie du contrat de travail qu'il avait conclu avec la société GR habitat pour la période du 15 avril 2024 au 19 juillet 2024 mais omis de joindre l'autorisation de travail requise. Toujours selon le préfet du Nord, M. A a, le 26 août 2024, présenté une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour sur le fondement, cette fois-ci, de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une lettre en date du 2 septembre 2024, notifiée à une date non précisée, le préfet du Nord, au motif que le dossier joint à la demande ne comportait pas la copie d'une autorisation de travail ou la copie d'une preuve de dépôt d'une demande d'autorisation de travail, a refusé de procéder à l'enregistrement de la demande de M. A. A l'audience, Me Fourdan, représentant M. A, a, au motif que la décision du 2 septembre 2024 s'était implicitement mais nécessairement substituée à la décision implicite du 27 mars 2024, demandé au juge des référés de prononcer la suspension du refus d'enregistrement de la demande de M. A.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 de ce code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de son article R. 421-2 : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de son article R. 311-12-1 : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes son article L. 112-6 : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Aux termes de son article R. 112-5 : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée () " ;

6. D'autre part, les dispositions législatives et règlementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient la procédure de dépôt, d'instruction et de délivrance des différents titres autorisant les étrangers à séjourner en France et sont exclusives de l'application des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, selon l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". L'article R. 431-12 du même code dispose que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour.

7. Il résulte de ces dispositions que le refus d'enregistrer une telle demande, au motif pris du caractère incomplet du dossier, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande. L'enregistrement de la demande de titre de séjour d'un étranger ayant présenté une demande d'asile qui n'a pas été définitivement rejetée ne peut être refusé au motif de l'absence de production des documents mentionnés à l'article R. 431-10.

8. Il est constant que M. A a, le 27 novembre 2023, sollicité le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas contesté que M. A a, le 26 août 2024, présenté une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant également, d'une part, que, par une lettre en date du 2 septembre 2024, dont il est demandé la suspension, le préfet du Nord a refusé de procéder à l'enregistrement de la demande présentée le 26 août 2024 par M. A au motif qu'elle ne comportait pas la copie d'une autorisation de travail ou une preuve de dépôt d'une demande d'autorisation de travail, d'autre part, que M. A n'a produit ni l'un ni l'autre de ces documents. Or, il résulte des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la délivrance à l'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée de la carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Dès lors, le préfet du Nord, nonobstant les prescriptions contraires de la note interministérielle du 12 juin 2021 pour les étrangers détenteurs d'un contrat de travail de moins de trois mois, qui n'ont pas de valeur réglementaire, était fondé, au motif que la demande de M. A du 26 août 2024 ne comportait pas la copie d'une autorisation de travail ou une preuve de dépôt d'une demande d'autorisation de travail, à refuser de procéder à son enregistrement.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas recevable à demander la suspension de l'acte attaqué, dès lors qu'il ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Les conclusions de la requête de M. A doivent, par suite, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Emilie Dewaele et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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