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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409399

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409399

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur la demande de M. F, ressortissant algérien, a rejeté sa requête visant à suspendre la décision implicite de refus de renouvellement de son certificat de résident de 10 ans prise par le préfet du Nord. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. F bénéficiait d'un récépissé valide jusqu'au 6 septembre 2024 et n'avait pas justifié de circonstances particulières établissant une atteinte grave et immédiate à sa situation. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. G F, représenté par Me B D, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 15 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de son certificat de résidence d'une durée de validité de 10 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, d'autre part, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, que la décision attaquée le place dans une situation de précarité au regard de son droit au séjour, de sa vie familiale et de l'exercice de son activité de chef d'entreprise ;

- la décision attaquée est dépourvue de motivation ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2409375 enregistrée le 10 septembre 2024 par laquelle M. F demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens ;

- M. F n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. M. G F, ressortissant algérien, est né le 6 août 1964 à Fréjus (Var). Il a contracté mariage avec Mme C E, de nationalité française. Le couple a donné naissance à deux enfants, A, né le 25 mars 2005 à Lille, de nationalité française et Mahédinne, le 1er janvier 2008 à Lille, de nationalité française également. Le 13 octobre 2012, M. F a été mis en possession d'une carte de résident d'une durée de validité de 10 ans. Par un jugement du 26 juillet 2022, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille, à la suite du divorce de M. F et de Mme E prononcé le 8 janvier 2015, a confié aux parents l'exercice conjoint de l'autorité parentale, accordé à M. F un droit de visite et d'hébergement et mis à sa charge une contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants d'un montant mensuel de 200 euros. Le 12 octobre 2022, M. F a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Le préfet du Nord lui a alors délivré un récépissé de demande de carte de résident dont la validité a été successivement prorogée jusqu'au 6 septembre 2024. Par une lettre datée du 15 mars 2024, M. F a, selon ses écritures, demandé " la communication des motifs de refus de renouvellement du titre de séjour ainsi que l'octroi du titre de séjour ". Par une décision réputée intervenue le 15 juillet 2024, le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à la demande de M. F. M. F demande au juge des référés de prononcer la suspension de cette décision implicite et d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Il ressort des termes de la lettre du 15 mars 2024 que M. F a sollicité la réparation des préjudices imputables à la carence du préfet du Nord dans l'instruction de sa demande de renouvellement de carte de résident. Contrairement à ce que soutient M. F, il n'a, dans cette lettre, ni sollicité la communication des motifs d'un refus de renouvellement de titre de séjour, ni la délivrance d'une nouvelle carte de résident. Dès lors, en se bornant à soutenir que la décision implicite du 15 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa réclamation indemnitaire le placerait dans une situation de précarité au regard de son droit au séjour, de sa vie familiale et de l'exercice de son activité de chef d'entreprise, M. F n'établit pas que les effets de l'acte litigieux seraient de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Dès lors, faute pour la demande de M. F de présenter un caractère d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de sa requête. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G F et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à Mme B D et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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