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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409449

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409449

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024 et des pièces enregistrées le 23 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet du Nord en date du 5 avril 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, en ce que la décision attaquée doit s'analyser comme un refus implicite de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " de sorte que l'urgence à suspendre son exécution doit être présumée ; en tout état de cause, la décision contestée le place en situation irrégulière et lui interdit de travailler de sorte qu'il est placé dans une situation de précarité ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- il est impossible de connaitre l'auteur de la décision et donc sa compétence ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024 à 9 h 35 et des pièces enregistrées le 23 septembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le requérant âgé de 25 ans ne peut demander un titre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que sa demande de renouvellement de sa carte de séjour en tant que travailleur temporaire se heurte à l'absence d'autorisation de travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-467 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 à 10 h 15, tenue en présence de M. Potet, greffier d'audience :

- le rapport de M. Perrin, juge des référés ;

- les observations de Me Lescene, substituant Me Dewaele, représentant de M. A, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête ;

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 12 mai 1999 s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 12 février 2024. Il soutient avoir demandé le renouvellement de ce titre le 5 décembre 2023. Un récépissé de demande de titre valable jusqu'au 25 août 2024 lui a été délivré le 26 février 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet du Nord refusant le renouvellement de ce titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

6. M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 15 février 2016 confirmée par un jugement du juge des enfants du 21 mars 2016. S'il soutient qu'il a demandé un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3, il ne l'établit pas et il est constant que les titres qui lui ont été délivrés et notamment le dernier, sont des cartes de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". M. A produit un contrat d'apprentissage pour la période du 18 septembre 2023 au 18 juillet 2024. Le préfet lui a demandé par courriel du 21 juin 2024 de produire des éléments sur sa situation professionnelle, tels qu'un contrat avec autorisation de travail ou un engagement en alternance au titre d'une formation professionnelle. Le requérant se borne à produire un contrat de mission d'intérim pour la période du 5 au 9 août 2024. Le seul fait que cette mission d'intérim n'ait pas pu être prolongée du fait de l'expiration de son récépissé au 25 août ne permet pas de justifier, en l'état de l'instruction, que l'intéressé remplissait les conditions posées par l'article L. 421-3 précité, ni même par l'article L. 435-3. Le courriel du 21 juin 2024 indiquait également que faute de fournir dans le mois les éléments sollicités, la demande de titre de l'intéressé serait classée sans suite. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation de M. A et de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas propres, en tout état de cause, à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

7. Par ailleurs, si M. A a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 15 février 2016, a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle, un brevet d'études professionnelles et un baccalauréat professionnel et poursuivait ses études en 2023-2024 en première année de brevet de technicien supérieur, il n'apporte aucun autre élément sur son insertion dans la société française, ni non plus sur ses liens avec sa famille dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas non plus propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

8. Enfin, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'absence de motivation de la décision contestée, la demande de communication des motifs n'ayant été formulée que le 26 août 2024, ne sont pas non plus, propres en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et sa demande présentée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Dewaele, au ministre de l'intérieur et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 3 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2409449

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