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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409621

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409621

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. D, ressortissant algérien, contestant l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour d'un an prise par le préfet du Pas-de-Calais. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de méconnaissance du droit d'être entendu. Il a également jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. D.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 17 septembre et 3 octobre 2024, M. A D, représenté par Me Fusillier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 août 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire français et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Hau, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- M. D n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 3 juillet 1984, est entré régulièrement en France, pour la dernière fois le 1er mars 2022 sous couvert d'un visa de court séjour qui lui a été délivré par les autorités consulaires françaises. Il a été entendu, le 29 août 2024, par la police nationale de Saint-Omer dans le cadre d'une enquête faisant suite au sursis à célébration de son mariage avec une ressortissante française prononcé le 19 août 2024, pour un mois, par le procureur de la République de Saint-Omer. Après qu'il est apparu qu'il s'était maintenu sur le territoire français sans avoir sollicité et donc obtenu de certificat de résidence algérien, le préfet du Pas-de-Calais a, par un arrêté adopté le jour même de son audition, édicté à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. D, au regard de la rédaction de ses moyens, ne sollicite l'annulation que des décisions l'ayant obligé à quitter le territoire français et ayant interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 octobre 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 140 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à Mme E C, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'acte querellé, à effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision querellée manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

4. En troisième lieu, si M. D soutient que son droit d'être entendu aurait été méconnu, il ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir au cours de son audition par les services de police, lorsque ceux-ci l'ont informé de la possibilité qu'il soit obligé de quitter le territoire français, et qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

6. M. D déclare est entré régulièrement en France, pour la dernière fois, le 1er mars 2022, à l'âge de 37 ans. Toutefois, il n'établit pas, par les pièces produites, avoir séjourné continument en France depuis lors et son séjour en France doit, en l'état de l'instruction, être considéré comme ayant débuté en mars 2024, date des premiers éléments fournis. Si M. D a déclaré avoir rencontré sa future épouse en décembre 2022 et il ressort des pièces du dossier, notamment de son récapitulatif de démarches en ligne auprès de la caisse d'allocations familiales, que la vie commune avec cette dernière a débutée le 18 mars 2024, soit à peine plus de cinq mois avant la date d'adoption de la décision attaquée. Or, M. D ne dispose d'aucune autre attache familiale en France, ses parents, ses cinq frères et ses trois sœurs résidant en Algérie. En outre, M. D qui ne travaille pas en France, ne se prévaut, à l'exception de 9 amis ou relations ayant attesté du sérieux de sa relation avec sa future femme, d'aucun autre élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Pour les mêmes que ceux mentionnés au point 2 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait, en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il suit de là que, eu égard aux moyens invoqués, les conclusions de M. D à fin d'annulation de la décision interdisant son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. D ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 août 2024, par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a interdit le retour de M. D sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Fusillier et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. LARUE

La greffière

Signé

O. MONGET

La greffière,

O. MONGET

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409621

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