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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409765

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409765

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire prise par le préfet du Nord le 20 septembre 2024. Le requérant invoquait notamment une insuffisance de motivation et une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, ainsi qu'une erreur de droit liée à sa qualité de demandeur d'asile en Suisse. Le tribunal a rejeté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, estimant que la décision était suffisamment précise. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait, mais l'analyse porte sur les articles L. 611-1, L. 571-1, L. 572-1 et L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 septembre 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- et elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- et elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Memeti-Kamberi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en ajoutant que la mesure d'éloignement attaquée est empreinte d'une erreur de droit, M. A ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français eu égard à sa qualité de demandeur d'asile en Suisse ;

- et les observations de Me Hau, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- M. A ayant refusé de se présenter à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 22 juin 1993, déclare être entré irrégulièrement en France en 2019. Le 19 septembre 2024, il a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré place de la gare à Valenciennes à 14h05. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il n'avait jamais sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien, il s'est vu notifier, le lendemain de son interpellation, notamment une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal d'annuler les décisions l'ayant obligé à quitter le territoire français et ayant refusé de lui accorder, pour ce faire, un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant l'entrée irrégulière de M. A et le fait qu'il n'est pas titulaire d'un certificat de résidence algérien, et en faisant application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / ()4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ". L'article L. 571-1 du même code dispose que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat () ". En outre, aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen "..Enfin, l'article L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger pour lequel l'autorité administrative estime que l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'État français estime que l'examen de la demande d'asile d'un étranger relève de la compétence des autorités d'un autre État membre de l'Union européenne, la situation du demandeur d'asile, qui dispose du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'État responsable de sa demande d'asile, n'entre, en tout état de cause, pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article.

5. Pour autant, il appartient au juge administratif de vérifier si la demande d'asile formulée dans un pays tiers par un étranger séjournant en France n'a pas pour seul but de faire obstacle à la mesure d'éloignement prise à son encontre par les autorités françaises et ne constituerait donc pas un recours abusif aux procédures d'asile. Pour qualifier cet abus de droit, il incombe au juge administratif de tenir compte, à titre principal, de la qualité intrinsèque de la demande d'asile présentée ainsi que du sérieux dont a fait preuve l'étranger dans le suivi de ses démarches d'asile effectuées hors de France et, à titre subsidiaire, du comportement de l'étranger préalablement à la manifestation de sa qualité de demandeur d'asile.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment de son audition, que M. A aurait formulé une demande d'asile en Suisse entre 2020 et 2021, peu après l'édiction à son encontre d'une première mesure d'éloignement. Mais, outre qu'il n'établit pas, par ses seules allégations disposer de la qualité de demandeur d'asile en Suisse, M. A n'a fait part, lors de son audition par les services de police ou à l'audience, à laquelle il était absent, d'aucune crainte personnelle en cas de retour en Algérie. En outre, ayant choisi de ne pas se présenter à l'audience, il n'a pas pu être interrogé sur les démarches qu'il aurait effectué en Suisse où il indique, en tout état de cause, n'être demeuré que deux mois et n'avoir pas attendu la réponse des autorités suisses. Enfin, M. A n'a jamais sollicité l'asile en France, pays où il a allégué, lors de son audition par les services de police, demeurer depuis 2019. Il suit de là que, à considérer même que M. A ait effectivement formulé une demande d'asile en Suisse, celle-ci a pour seul but de faire obstacle aux mesures d'éloignements qui pourraient être prises à son encontre et constitue donc un recours abusif aux procédures d'asile. Ainsi, M. A entrait bien dans le champ des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'erreur de droit alléguée ne pouvant qu'être écartée.

7. En dernier lieu, M. A déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français, pour la dernière fois, en 2019, à l'âge de 25 ans. Sa présence n'y est toutefois pas attestée après le 4 juillet 2021, date de la dernière inscription le concernant au fichier automatisé des empreintes digitales et son séjour irrégulier doit donc être regardé comme récent à la date d'adoption de la décision attaquée. Il est célibataire, sans enfant à charge, et il ne dispose d'aucune attache familiale en France, ses parents, son frère et ses deux sœurs, selon ses déclarations aux services de police, résidant en Algérie. En outre si M. A déclare travailler occasionnellement sans autorisation sur les marchés, il n'établit ni la réalité de cet emploi, ni qu'il ne pourrait pas retrouver un emploi en Algérie. Et il ne se prévaut d'aucun autre élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Nord aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette mesure.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision en mentionnant, d'une part, que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'y a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, édicté par le préfet de Seine Saint Denis le 13 juin 2020, et n'a pas justifié d'une résidence stable affectée à son habitation et en faisant application, d'autre part, des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et, notamment, des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

10. En second lieu, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. En l'espèce, M. A se borne à soutenir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, ce motif n'est pas mentionné par le préfet du Nord pour justifier la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire attaquée. De sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. A ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

X. LARUE

La greffière,

Signé :

V. LESCEUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409765

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