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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409774

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409774

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a été saisi par M. C, ressortissant géorgien souffrant d’une insuffisance rénale chronique, afin d’obtenir la liquidation d’astreintes pour inexécution d’une précédente ordonnance du 18 décembre 2023. Cette ordonnance enjoignait au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Le juge des référés a constaté que le préfet n’avait pas exécuté ces injonctions dans les délais impartis, malgré une première liquidation d’astreinte prononcée le 29 janvier 2024. En application des articles L. 911-7 et L. 911-8 du code de justice administrative, il a liquidé les astreintes à hauteur de 9 450 euros pour la délivrance du titre et de 12 250 euros pour le réexamen, et porté leur montant à 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. D C, représenté par Me Claire Périnaud, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 9 450 euros au titre de la liquidation de l'astreinte, assortissant l'injonction prescrite au préfet du Nord, par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, au titre de la période comprise entre le 19 juillet 2024 et le 20 septembre 2024 ;

3°) de porter le montant de l'astreinte assortissant l'injonction de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à la somme de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 12 250 euros au titre de la liquidation de l'astreinte, assortissant l'injonction prescrite au préfet du Nord, par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative, au titre de la période comprise entre le 19 janvier 2024 au 20 septembre 2024 ;

5°) de porter le montant de l'astreinte assortissant l'injonction de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative à la somme de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu :

- l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- l'ordonnance n° 2400278 du 29 janvier 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Verhaegen substituant Me Périnaud, pour M. C, qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu à ce que le juge de référés, en application de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, modère ou supprime les astreintes provisoires.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant géorgien, né le 16 juillet 1995 à Kazbegi (République de Géorgie) et son épouse, Mme A B, ressortissante géorgienne, née le 24 avril 1993, à Vladiklazva (République de Géorgie), ont, le 28 septembre 2021, sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Le 29 novembre 2021, M. C, compte tenu de la gravité de son état de santé (insuffisance rénale chronique terminale nécessitant des séances d'hémodialyse trois fois par semaine et inscription sur la liste de transplantation rénale), a sollicité également la délivrance d'un titre de séjour pour raison médicale. Le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'insertion a, dans un avis du 6 septembre 2022, relevé, d'une part, que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, d'autre part, que M. C ne pouvait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Le préfet du Nord a délivré à M. C le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable jusqu'au 27 avril 2023. Par une ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023, la juge des référés du tribunal administratif de Lille a suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord avait refusé délivrer un titre de séjour à M. C et enjoint au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de son ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, d'autre part, de lui délivrer, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de son ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En exécution de cette ordonnance, le préfet du Nord a, le 19 décembre 2023, convoqué M. C à la préfecture pour y recevoir une autorisation provisoire de séjour et déposer une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour. Le 9 janvier 2024, M. C a honoré ce rendez-vous mais les services de la préfecture, en dépit de l'injonction de la juge des référés, ont refusé de lui remettre une autorisation provisoire de séjour au motif que le dossier joint à sa demande de renouvellement de titre de séjour était incomplet. Par une ordonnance n° 2400278 du 29 janvier 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, d'une part, mis à la charge de l'Etat le versement au bénéfice de M. C de la somme de 850 euros au titre de la liquidation de l'astreinte, assortissant l'injonction faite au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, fixée par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 pour la période du 25 décembre 2023 au 10 janvier 2024 inclus, d'autre part, porté le montant de l'astreinte assortissant l'injonction de délivrance à M. C d'une autorisation provisoire de séjour à la somme de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de trois jours suivant la notification de son ordonnance, soit à partir du 2 février 2024. A la suite de l'intervention de cette ordonnance, le préfet du Nord a délivré à M. C une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 18 juillet 2024. En dépit des tentatives de M. C de joindre les services de la préfecture, le préfet du Nord n'a, selon lui, pas procédé, en méconnaissance de l'ordonnance du 18 décembre 2023 de la juge des référés, à un nouvel examen de sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour pour raison médicale et délivré une nouvelle autorisation provisoire de séjour. Le 30 septembre 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord a, d'une part, pris la décision de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 29 décembre 2024, d'autre part, pris la décision de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 22 avril 2025.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

5. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

6. Il n'est pas contesté que M. C n'a pas, en dépit des injonctions et majoration du montant des astreintes prescrites par les ordonnances n° 2310590 du 18 décembre 2023 et n° 2400278 du 29 janvier 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, été rendu destinataire, d'une part, d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la période du 19 juillet 2024 au 20 septembre 2024, d'autre part, d'un titre de séjour au titre de la période du 19 janvier 2024 au 20 septembre 2024. Dès lors, il y a lieu de procéder au bénéfice de M. C à la liquidation provisoire des astreintes fixée par les ordonnances, soit la somme totale de 21 700 euros qu'il convient de modérer et de ramener à la somme de 5 000 euros.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a, le 30 septembre 2024, décidé de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 29 décembre 2024 et une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 22 avril 2025. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à porter le montant de l'astreinte assortissant l'injonction de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de l'intéressé à la somme de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. C étant admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Périnaud, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Périnaud de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant à porter le montant de l'astreinte assortissant l'injonction de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative à la somme de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme 5 000 (cinq mille) euros au titre de la liquidation provisoire des astreintes prescrites par les ordonnances n° 2310590 du 18 décembre 2023 et n° 2400278 du 29 janvier 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Périnaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Périnaud, avocate de M. C, la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Me Claire Périnaud et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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