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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409861

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409861

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBARBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder au réexamen de sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés, fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Livenais, premier vice-président, pour statuer en application du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, magistrat désigné ;

- les observations de Me Barbry, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, déclare cependant abandonner le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français au regard de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ainsi que d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme D, interprète en langue arabe.

Le préfet de la Somme n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 2 février 2002, est entré irrégulièrement sur le territoire français en dernier lieu au cours de l'année 2024. Il a été notamment condamné par jugement du tribunal correctionnel d'Amiens du 25 avril 2024 à une peine de huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances. A l'issue de la détention de M. C, le préfet de la Somme, par un arrêté du 19 septembre 2024, a prononcé à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Aux termes d'un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Somme a donné délégation de signature à M. A, sous-préfet, directeur de cabinet, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de l'intéressé et portant interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement de M. Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme. Il n'est ni soutenu, ni allégué que M. Moulard n'était pas effectivement absent ou empêché à la date d'éduction de l'arrêté contesté. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

4. L'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire, pris notamment au visa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les considérations de droit sur lesquelles il se fonde ainsi que les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. C justifiant la mesure d'éloignement prise à son encontre, notamment au regard de ses conditions de séjour sur le territoire français et de sa situation personnelle et familiale. Ainsi, alors même qu'il n'exposerait pas tous les éléments relatifs à la situation individuelle du requérant, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en ce qu'il emporte obligation de quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, la motivation, suffisante ainsi qu'il vient d'être dit, de la décision attaquée établit que le préfet de la Somme s'est livré à un examen de la situation personnelle du requérant avant de prendre à son encontre cette décision.

6. En troisième et dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, célibataire et sans enfant, a séjourné irrégulièrement à plusieurs reprises en France où il est entré, ainsi qu'il a été dit, en dernier lieu au cours de l'année 2024, selon ses déclarations. M. C n'établit pas avoir d'attaches personnelles et familiales durables et intenses qui seraient établies sur le territoire national et, notamment, n'établit ni être le père d'un enfant né en France, ni vivre en union maritale avec une personne de nationalité française ou résidant régulièrement sur le territoire français. M. C ne justifie pas davantage être dépourvu de telles attaches au Maroc. Enfin, M. C ne justifie pas davantage exercer une activité professionnelle en France et, s'il bénéficie d'un suivi médical en raison d'une cardiopathie, il n'établit pas, par les documents qu'il produit, ne pouvoir bénéficier d'un traitement approprié à son état dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité. Pour les mêmes motifs de fait, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. C invoque à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. C invoque à l'encontre de la décision fixant son pays de destination, ne peut qu'être écarté.

101. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose en outre : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. M. C n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé personnellement, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques de traitements inhumains ou dégradants, en particulier du fait de son état de santé. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prise à l'encontre de M. C doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Barbry et au préfet de la Somme.

Lu en audience publique le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

Y. LIVENAISLa greffière,

Signé

L. LELEU

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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