jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409889 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Sophie C, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2023 du préfet du Nord, en tant qu'il lui refuse de renouveler sa carte de séjour portant la mention " étudiant " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée a des conséquences graves sur sa situation personnelle et professionnelle, en ce qu'il risque d'être expulsé de son logement, qu'il ne peut justifier de la régularité de son séjour en France et, par voie de conséquence, est dans l'impossibilité de s'inscrire à l'EPSI, école d'ingénierie informatique ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il en réunit les conditions pour bénéficier du renouvellement de son titre de séjour ;
- la décision attaquée en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2024, le préfet du Nord, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête au fond est irrecevable, en ce qu'elle a été formée tardivement ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2401138 enregistrée le 5 février 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Rimetz, substituant Mme C, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
2. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. M. A, ressortissant marocain, né le 16 mai 1998 à Hassi Berkhane (Royaume du Maroc), est entré en France le 8 août 2021 sous couvert d'un passeport marocain revêtu d'un visa de type D portant la mention " étudiant " valable du 1er août 2021 au 1er août 2022. M. A a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 12 octobre 2023. M. A a, au titre des années universitaires 2021/2022 et 2022/2023, suivi les cours de licence de droit pour lesquels il n'a pas obtenu le diplôme préparé. M. A, au titre de l'année universitaire 2023/2024, s'est inscrit pour suivre la formation de concepteur développeur d'application au sein de l'école d'ingénierie informatique EPSI. Le 10 août 2023, il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiant. Dans le cadre de sa formation à l'EPSI, M. A a souscrit un contrat d'alternance avec la société Ethik Portage pour la période du 7 septembre 2023 au 13 septembre 2024. Le 9 juillet 2024, il a obtenu le titre professionnel de concepteur développeur d'application. Par un arrêté du 9 novembre 2023, le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de M. A tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiant, au motif que la circonstance qu'il avait subi deux échecs successifs et effectué une réorientation ne caractérisait ni le caractère réel et sérieux ni une progression effective et significative dans la poursuite de ses études, et prononcé à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine. M. A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2023, en tant qu'il lui refuse le titre de séjour sollicité.
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. En l'état de l'instruction, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance et tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. A et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit nécessaire d'examiner la recevabilité de la requête au fond ni la condition de l'urgence, de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administration et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Sophie C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 17 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026