jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409917 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. A B, représentée par Me Caroline Fortunato, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 12 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " protection subsidiaire " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle dans le délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, d'autre part, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois dans le délai de 72 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat, de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, que la décision attaquée porte atteinte de manière grave et immédiate à sa situation, en ce qu'elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, l'expose à un risque d'être placé en rétention administrative et fait obstacle à la poursuite de ses études ;
- la décision attaquée est dépourvue de motivation ;
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 424-9 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations écrites.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2409793 enregistrée le 23 septembre 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 à 9h30 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Fortunato, représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Me Fortunato a soutenu également que les conditions pour prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à la délivrance du récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas réunies, dès lors que ce récépissé avait une durée de validité inférieure à celle demandée ;
- les observations de Me Kerrich pour le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête. Me Kerrich a fait valoir, d'une part, que l'urgence n'était pas établie, d'autre part, que la durée de validité du récépissé délivré s'expliquait par l'édiction prochaine de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " protection subsidiaire " demandée par M. B.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
2. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. M. B, ressortissant syrien, né le 23 avril 2005 à Damas (République arabe syrienne), est entré en France, accompagné de sa famille, en 2017. Par une décision du 9 février 2017, le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a reconnu à M. B le bénéfice de la protection subsidiaire et l'a placé sous la protection de l'office. Le 12 mars 2024, M. B a sollicité le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de membre d'une famille bénéficiaire d'une protection internationale. Par une décision réputée intervenue le 12 juin 2024, le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à sa demande. M. B demande au juge des référés de prononcer la suspension de cette décision implicite.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
6. Il résulte de l'instruction que M. B a sollicité le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de membre d'une famille bénéficiaire d'une protection internationale le 12 mars 2024, soit dans le délai prescrit par les dispositions combinées des articles R. 431-5 et L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B peut donc se prévaloir de la présomption d'urgence. Le préfet du Nord, qui ne conteste pas que le dossier joint à la demande de M. B était complet, ne se prévaut, nonobstant la circonstance qu'il a délivré à M. B une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 25 décembre 2024, d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
7. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ". Aux termes de l'article R. 424-7 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ".
8. En l'état de l'instruction, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance et tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 424.9 et L. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
9. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
11. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de M. B tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et de prononcer une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
12. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a, le 26 septembre 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, délivré à M. B une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour dont il a fixé la durée de validité jusqu'au 25 décembre 2024. Dès lors, et nonobstant la circonstance que cette attestation n'a qu'une durée de validité de trois mois, les conclusions de la requête tendant à enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu, par suite, de statuer sur ces conclusions.
Sur les frais liés au litige :
13. M. B étant admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, il y a lieu, sous réserve que Me Fortunato, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fortunato de la somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision réputée intervenue le 12 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à la demande de M. B tendant au renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de membre d'une famille bénéficiaire d'une protection internationale est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la demande de M. B tendant au renouvellement de son titre de séjour et de prononcer une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve que Me Fortunato renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier lui versera la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Fortunato et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026