jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PERNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, et un mémoire récapitulatif enregistré le 16 octobre 2024, la société par actions simplifiées (SAS) Quadria, représentée par Me Véronique Vouin, avocate, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, l'exécution de toute décision relative à la passation du contrat en lien avec le lot n° 1 du marché 24S085 par la communauté d'agglomération de Lens-Liévin portant sur la livraison de composteurs individuels et de bio-seaux ;
2°) d'annuler la décision de rejet de son offre de candidature ;
3°) d'annuler la décision d'attribution du marché à la société Collectal ;
4°) d'ordonner qu'il lui soit attribué le marché ;
5°) à défaut, d'ordonner à la communauté d'agglomération de Lens-Liévin de procéder à un nouvel appel d'offres ;
6°) à défaut, d'enjoindre à la communauté d'agglomération de Lens-Liévin de reprendre la procédure au stade de l'examen des offres ;
7°) de mettre à la charge solidaire de la communauté d'agglomération de Lens-Liévin et de la société Collectal le versement à son profit de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la société Collectal n'a pas produit les pièces, en particulier les certificats de conformité (norme NF 094 composteurs individuels de jardin), dont la communication était prescrite par les stipulations de l'article 3 du cahier des clauses techniques particulières relatif à la description des composteurs individuels ;
- la société Collectal ne répond pas aux critères exigés par l'acheteur public, dès lors, d'une part, qu'elle ne justifie pas de la régularité de son dossier de candidature, d'autre part, la société Collectal, qui a admis ne pas disposer de la certification norme NF 094, ne justifie pas disposer d'une certification équivalente ;
- l'attestation du fabriquant des composteurs de la société Collectal, qui est une auto-certification de ses propres produits, n'est pas de nature à établir la conformité des produits aux exigences du marché.
Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2024, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin, représentée par Me Renaud Jun, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Quadria le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions de la requête tendant, d'une part, à la suspension de l'exécution de toute décision relative à la passation du contrat en lien avec le lot n° 1 du marché 24S085, d'autre part, à l'attribution du marché la société Quadria, enfin, à ce qu'il soit ordonné de procéder à un nouvel appel d'offres sont irrecevables ;
- la marque " NF environnement " n'étant pas assimilable en tant que telle à une norme, mais plutôt à un label émis sous le contrôle - plus ou moins poussé - d'un organisme certificateur, la communauté d'agglomération, en évoquant ladite norme " NF environnement ", a nécessairement entendu se placer dans le cadre de la définition des besoins telle qu'envisagée aux articles R. 2111-8 et R. 2111-9 du code de la commande publique, à savoir par référence à des normes ou à d'autre documents équivalents.
Par un mémoire enregistré le 15 octobre 2024, la société par actions simplifiées (SAS) Collectal, représentée par Me Etienne Pernot, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Quadria le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le cahier des charges n'exigeait pas que le produit proposé fût certifié, mais seulement qu'il répondît à la norme NF environnement ;
- avoir remis avec son offre une déclaration de conformité à la norme NF094 établie par le fabricant du produit, la société Sartori Ambiante ;
- que les produits soient certifiés NF094 seraient contraire à la libre concurrence au sein du marché commun ;
- les dispositions de l'article R. 2111-17 du code de la commande publique prévoit que, même si le pouvoir adjudicateur exige une certification, il est possible à un opérateur économique ne disposant pas de la certification de " prouver par tout moyen que les caractéristiques exigées par l'acheteur soient remplies ;
- le marché ayant été publié le 13 juin 2024 pour une date limite de réception des offres au 24 juillet 2024, il lui était matériellement impossible d'obtenir la certification du produit proposé dans les délais prescrits ;
- il n'appartient pas au juge des référés précontractuels d'apprécier les mérites respectifs des offres proposées par les différents candidats et des produits qu'ils proposent, sauf dans l'hypothèse où le pouvoir adjudicateur ait dénaturé le contenu d'une offre ou méconnu manifestement les termes.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Vouin, représentant la société Quadria, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Jun, pour la communauté d'agglomération de Lens-Liévin, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Pernot, pour la société Collectal, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 14 juin 2024, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin a engagé une procédure visant à l'attribution d'un marché relatif à la fourniture de matériels de compostage, divisé en deux lots, le premier concernant des composteurs individuels et des bio-seaux, le second concernant des composteurs collectifs. La société Quadria, qui a été titulaire d'un marché portant sur des produits similaires, a soumissionné à l'obtention des deux lots du marché. Au terme de l'analyse des offres, le premier lot a été attribué à la société Collectal. Par une lettre du 24 septembre 2024, notifié le même jour, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin a informé la société Quadria de son choix. Par un courrier électronique daté du même jour, la société Quadria a demandé la communication des motifs détaillés du rejet de ses offres.
Sur les conclusions présentées au titre du référé précontractuel :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Aux termes du I de l'article L. 551-2 du même : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".
3. En application de ces dispositions, il appartient au juge du référé précontractuel de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration lors du déroulement de la procédure d'attribution d'un marché public. Il lui appartient, en outre, de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant un opérateur économique concurrent. Ne constitue pas un manquement susceptible d'avoir lésé l'entreprise ayant saisi le juge du référé précontractuel l'erreur commise par le pouvoir adjudicateur au titre d'un critère pour lequel l'entreprise requérante a obtenu la note maximale.
4. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
5. Aux termes de l'article 3.1 du cahier des clauses techniques particulières du lot n° 1 : " Le matériel proposé devra répondre à la norme NF environnement, plus précisément NF094 " composteur individuel de jardin " ou équivalent (certificat à joindre au mémoire technique) et être neuf (). Le candidat apporte toutes les garanties nécessaires concernant la qualité de son matériel - tests éventuels, certification éventuelle, Ces documents sont joints au mémoire technique ".
6. La certification NF Environnement constitue une marque collective correspondant à un label écologique national. La référence à un label écologique national ne doit pas avoir pour effet de créer des obstacles injustifiés à l'ouverture des marchés publics à la concurrence. Ainsi, si la personne responsable du marché a la faculté de définir ses besoins, et notamment les spécifications techniques des produits, par référence à un tel label écologique, elle ne peut, sans porter atteinte au principe d'égal accès aux marchés publics, exiger des candidats une offre exclusive de produits certifiés par la seule marque " NF Environnement ", mais doit permettre la présentation d'offres de produits qui possèdent des caractéristiques équivalentes ou supérieures sans pour autant être estampillés de ladite marque.
7. En l'espèce, en mentionnant que " Le matériel proposé devra répondre à la norme NF environnement, plus précisément NF094 () ou équivalent ", la personne responsable du marché s'est bornée, en dépit du terme employé de " norme ", à définir les spécifications techniques de produit par référence au label NF 094, sans en cela exiger des candidats une offre exclusive d'un produit certifié par la seule marque " NF Environnement ". Il résulte de l'instruction que la société Collectal, dans son offre, a produit une certification de l'institut italien du plastique et une déclaration du constructeur des composteurs individuels et des bio-seaux objet du marché attestant que ceux-ci étaient conformes aux " critères de la norme NF 094 ". Dès lors, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin n'a pas commis de manquements à ses obligations de mise en concurrence. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de certaines d'entre elles, de rejeter les conclusions de la requête la société Quadria.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de la communauté d'agglomération de Lens-Liévin et de la société Collectal, qui ne sont pas parties perdantes, la somme que demande la société Quadria sur leur fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Quadria la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération de Lens-Liévin et non compris dans les dépens et la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Collectal et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Quadria est rejetée.
Article 2 : La société Quadria versera à la communauté d'agglomération de Lens-Liévin la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La société Quadria versera à la société Collectal la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Quadria, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin et à la société Collectal.
Copie en sera adressée à Me Vouin, Me Jun et Me Pernot.
Fait à Lille, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026