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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410047

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410047

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLESCENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Lescene, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet du Nord a rejeté ses demandes tendant d'une part au renouvellement de son certificat de résidence algérien d'un an et d'autre part à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard, et dans l'attente de le convoquer pour lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est réputée présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- au surplus, son contrat de travail est suspendu ne lui permettant plus de faire face à l'ensemble de ses charges ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- elle souffre d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- elle méconnait également les stipulations de l'article 7 bis du même accord ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en l'espèce, le requérant n'ayant pas déposé un dossier complet faute de produire l'autorisation de travail exigée par l'annexe de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le requérant ne remplit pas la condition de ressources pour se voir délivrer un certificat de résidence de 10 ans.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 octobre 2024 à 10 heures, en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Perrin,

- les observations de Me Lescene, représentant M. A également présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance, par les mêmes moyens,

- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 5 janvier 1995, était titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, dont la validité expirait le 9 mars 2024. Il soutient sans être contesté sur ce point, avoir sollicité auprès du préfet du Nord le renouvellement de ce certificat le 7 février 2024 et avoir également demandé un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans. M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet, née du silence gardé par le préfet du Nord pendant plus de quatre mois sur ces demandes.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

3. Pour l'application des dispositions, rappelées au point 1 de la présente ordonnance, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. D'une part, il n'est pas contesté que M. A a demandé le renouvellement de son certificat de résidence algérien, la condition d'urgence est donc présumée s'agissant de cette demande. Il justifie également que son contrat de travail à durée indéterminée a été suspendue à compter du 25 septembre 2024 et de charges qui représentaient plus des deux tiers de sa rémunération brute, désormais suspendue. Par suite, la condition d'urgence est également établie s'agissant de sa demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité des décisions du préfet :

5. D'une part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco algérien : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. / () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; / (). " Aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code.". L'annexe 10 dispose que doivent être fournies lors d'une demande de renouvellement, l'autorisation de travail au poste occupé s'il est identique à celui qui a justifié la délivrance du précédent titre, et les éléments de la déclaration sociale nominative de l'employeur concernant le demandeur ou une attestation d'activité professionnelle des douze derniers mois.

S'agissant du renouvellement du certificat de résidence d'un an :

7. Si le préfet soutient que le dossier de M. A n'était pas complet, il résulte des échanges entre la préfecture du Nord et le requérant que lui a été réclamée le 27 mars 2024, l'autorisation de travail correspondant à son contrat de travail et que le requérant l'a fournie le 28 mars et qu'il la produit à nouveau à l'instance. Si le préfet indique qu'il a également demandé sans succès la déclaration nominative de son employeur, il n'établit pas avoir adressé cette demande, aucune pièce n'étant jointe à sa défense alors que le requérant soutient à l'audience l'avoir adressée à la préfecture.

8. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 de l'accord franco-algérien est en l'état de l'instruction propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de M. A de renouvellement du certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " salarié ", dont il n'est pas établi qu'elle était incomplète au moins à la date du 28 mars 2024. Par suite, il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de cette décision.

S'agissant de la demande de certificat de résidence de dix ans :

9. Le préfet soutient que le requérant n'a pas justifié de ces conditions d'existence lors du dépôt de son dossier, et le requérant ne produit à l'instance que son contrat de travail à durée indéterminée et des factures relatives à ses charges. Dans ces conditions, il n'est pas sérieusement contesté comme le fait valoir le préfet que la demande du requérant de délivrance d'un titre de dix ans n'était pas complète et que par suite, aucune décision n'est née sur cette demande.

En ce qui concerne les conclusions à fins d'injonction :

10. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

11. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de M. A tendant au renouvellement de son titre de séjour et prenne une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a également lieu dans l'attente de ce réexamen, d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer un récépissé de demande de certificat de résidence autorisant M. A à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit non plus besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de M. A de renouvellement de son certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " salarié " est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de cette demande et de prendre une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Dans l'attente de ce réexamen, il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A un récépissé de demande de certificat de résidence algérien, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Lescene et au ministre de l'intérieur.

Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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