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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410090

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410090

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 11 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Girsch, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 24 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'enjoindre au directeur de l'OFII, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et de procéder rétroactivement au versement de l'allocation pour demandeur d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre au directeur de l'OFII de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans un délai de 48 heures et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État les dépens et la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas bénéficié d'un entretien pour évaluer sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;

- les observations de Me Normand substituant Me Girsch, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne né le 30 octobre 1985 à Bocanda (Cote d'Ivoire), a sollicité le 24 septembre 2024 auprès du guichet unique de la préfecture du Nord une demande d'asile. Le même jour, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions citées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes d'une part de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai (de quatre-vingt-dix jours) prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

5. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'après examen des besoins de la requérante et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé, au motif qu'elle avait, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Dès lors qu'elle expose de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux terme de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

7. En l'espèce, Mme B soutient qu'elle est vulnérable dès lors qu'elle se trouve sans hébergement, vivant dans la rue et qu'elle est susceptible d'y subir des violences. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite en défense par l'OFII que l'Office a procédé, le 24 septembre 2024, à un entretien visant à évaluer la vulnérabilité de Mme B. Il ressort de cet entretien qu'à la date de la décision contestée Mme B a déclaré qu'elle était hébergée par des amis, qu'elle ne souffrait d'aucun problème de santé ni d'aucun handicap, qu'aucun traitement médicamenteux ne lui était nécessaire et qu'elle ne requérait pas l'aide d'une tierce personne pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le directeur de l'OFII aurait méconnu les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 septembre 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : la décision du 24 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B à Me Girsch et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024

Le magistrat désigné,

Signé

J. KRAWCZYKLa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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