mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DA COSTA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 et 15 octobre 2024, M. B D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet du Nord a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français de 5 ans prononcée à son encontre par la Cour d'appel de Douai le 3 mai 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 72 heures à compter de la notification du présent jugement et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- a méconnu son droit d'être entendu ;
- porte atteinte à son droit d'asile, dès lors qu'il a effectué une demande d'asile en Espagne et que l'article 32.1 de la convention de Génève prohibe l'expulsion d'un réfugié se trouvant régulièrement sur un territoire pour d'autres raisons que de sécurité nationale ou d'ordre public ;
- contrevient tant aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'à celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;
- le règlement UE n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Cardon, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. D, assisté de Mme C E, interprète assermentée en langue arabe, mais qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 3 mars 1992, déclare être entré irrégulièrement en France le 27 décembre 2017. Il a été écroué au centre pénitentiaire de Lille, le 8 janvier 2024, et a été condamné, le même jour, en comparution immédiate, a une peine d'emprisonnement délictuel de 15 mois pour des faits de violences commis sur sa conjointe. M. D avait déjà été condamné, le 16 juin 2021 par le Tribunal correctionnel de Lille, jugement confirmé par la Cour d'appel de Douai le 3 mai 2022, à une peine de 6 mois d'emprisonnement délictuel avec sursis pour des faits d'organisation d'un mariage aux seules fins d'obtenir un titre de séjour. Cette peine avait été assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de 5 ans. C'est pourquoi, le 10 octobre 2024, le préfet du Nord a fixé l'Algérie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. D demande au Tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
3. En deuxième lieu, si M. D soutient que son droit d'être entendu aurait été méconnu, il ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir au cours de son audition par les services de police, lorsque ceux-ci l'ont informé de la possibilité qu'il fasse l'objet d'une décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi, et qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, si M. D relève qu'il a formulé une demande d'asile en France en janvier 2018 et a alors fait l'objet d'une décision de transfert auprès des autorités espagnoles, il n'établit pas, de ce seul fait, être légalement admissible en Espagne. En effet, l'Espagne a été libérée de son obligation de prendre en charge M. D en l'absence d'exécution de la décision de transfert dans les dix-huit mois, au maximum, ayant suivi son édiction conformément aux dispositions du 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
5. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
6. En l'espèce, M. D déclare être entré irrégulièrement en France le 27 décembre 2017, à l'âge de 25 ans. Il y résidait donc irrégulièrement depuis un peu plus de 6 ans, déduction faite du temps passé en détention, à la date d'adoption de la décision attaquée. Il a admis à l'audience ne plus être en concubinage avec son ex-compagne de nationalité marocaine, qui est la mère de son fils, A. Et, outre qu'il fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français de 5 ans, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que son ex-compagne, avec laquelle il lui a été interdit d'entrer en contact jusqu'en janvier 2026, demeurerait toujours, à l'instar de leur fils, sur le territoire français, ni qu'il disposerait encore de l'autorité parentale sur son fils ou contribuerait à son entretien ou à son éducation. Par ailleurs, si M. D a un oncle paternel qui réside en France, ses parents et ses quatre sœurs demeurent en Algérie. En outre, rien n'indique que M. D, qui ne travaille pas sur le territoire français et ne pourra pas y être autorisé du fait de l'interdiction judiciaire dont il fait l'objet, ne pourra pas se réinsérer professionnellement en Algérie. Et s'il se prévaut de son bon comportement en détention, durant laquelle il s'est soumis à un suivi psychologique, a effectué des formations et même travaillé, ces éléments sont insuffisants pour établir qu'il disposerait désormais du centre de ses intérêts privés en France. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant l'Algérie comme pays de destination, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
7. En dernier lieu, alors que M. D déclare être entré irrégulièrement en France le 27 décembre 2017, il n'a, depuis janvier 2018 et l'échec de son transfert vers l'Espagne, jamais formulé de nouvelle demande de protection internationale. Il a d'ailleurs indiqué aux services de police, le 4 janvier 2024, avoir quitté son pays pour travailler. Et il n'a fait état, dans son recours, ou, spontanément, à l'audience, d'aucune crainte personnelle et actuelle en cas de retour en Algérie. A cet égard, si son avocat a fait état, sans autres précisions, de menaces de la part de l'un de ses oncles, il n'a été allégué ni que ses menaces demeureraient actuelles, ni que les autorités algériennes ne seraient pas en mesure de lui assurer une protection. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir, qu'en fixant l'Algérie comme pays de destination, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français de 5 ans prononcée à son encontre par la Cour d'appel de Douai le 3 mai 2022, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. D ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Nord.
Lu en audience publique le 16 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. LARUE
La greffière,
Signé
F. LELEU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°241035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026