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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410449

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410449

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté les requêtes de M. A, ressortissant vietnamien, contestant un arrêté préfectoral du 11 octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an, ainsi qu'un arrêté du 17 octobre 2024 ordonnant son maintien en rétention. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, de la méconnaissance du droit d'être entendu (article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE), et de la violation des articles L. 425-1, L. 721-4, L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La solution retenue est le rejet des demandes d'annulation et des conclusions accessoires, fondée sur le CESEDA et la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2410449 les 11 octobre 2024 et 29 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Maricourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord il lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, assortie d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ou de procéder au réexamen de sa situation ;

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 425-1, R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'un vice de procédure à ce titre ;

- elle méconnaît les stipulations de la convention de Varsovie du 16 mai 2005 et celles de la directive 2011/36/UE du 5 avril 2011 ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire.

II/ Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2410655 les 18 octobre 2024 et 23 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Maricourt, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de le maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains signée à Varsovie le 16 mai 2005 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2011/36/UE du Parlement et du Conseil du 5 avril 2011 concernant la prévention de la traite des êtres humains et la lutte contre ce phénomène ainsi que la protection des victimes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jaur en application des articles L. 754-4 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaur, magistrate désignée ;

- les observations de Me Maricourt, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens qu'il développe, à l'exception des moyens tirés de l'incompétence des signataires des décisions attaquées qu'il abandonne expressément et des moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de le maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile, dans le mémoire enregistré le 23 octobre 2024 ;

- les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue vietnamienne, répondant aux questions du tribunal ;

- et les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant vietnamien, né le 15 août 2020 à Ha Tinh (Vietnam) a été interpellé le 10 octobre 2024 dépourvu de tout document l'autorisant à séjourner en France. Par un arrêté du 11 octobre 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord il lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an assortie d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et a ordonné son placement en rétention administrative. M. A a sollicité, en rétention, le 16 octobre 2024, le bénéfice d'une protection internationale. Par arrêté du 17 octobre 2024, dont M. A demande aussi l'annulation, le préfet du Nord a décidé de le maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). La demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 24 octobre 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2410449 et n°2410655 concernent la situation d'un même requérant et sont relatives à la légalité d'une décision d'éloignement prise à son encontre et d'une décision portant maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile. En application du troisième alinéa de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué sur les deux requêtes par une seule décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 :

En ce qui concerne le moyen commun :

3. Le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu le 10 octobre 2024 par les services de police, par le truchement d'une interprète en langue vietnamienne, langue qu'il comprend et a été invité à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement du territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. L'article 225-4-1 du code pénal dispose que : " La traite des êtres humains est le fait, en échange d'une rémunération ou de tout autre avantage ou d'une promesse de rémunération ou d'avantage, de recruter une personne, de la transporter, de la transférer, de l'héberger ou de l'accueillir, pour la mettre à sa disposition ou à la disposition d'un tiers, même non identifié, afin soit de permettre la commission contre cette personne des infractions de proxénétisme, d'agression ou d'atteintes sexuelles, d'exploitation de la mendicité, de conditions de travail ou d'hébergement contraires à sa dignité, soit de contraindre cette personne à commettre tout crime ou délit. / La traite des êtres humains est punie de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ". Aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. / Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l'aide aux migrants ou dans l'action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l'action sociale. ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-2 de ce code : " L'étranger à qui un service de police ou de gendarmerie fournit les informations mentionnées à l'article R. 425-1 et qui choisit de bénéficier du délai de réflexion de trente jours prévus au même article se voit délivrer un récépissé de même durée par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police, conformément aux dispositions de l'article R. 425-3. Ce délai court à compter de la remise du récépissé. Pendant le délai de réflexion, aucune décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée. / Le délai de réflexion peut, à tout moment, être interrompu et le récépissé mentionné au premier alinéa retiré par le préfet territorialement compétent, si l'étranger a, de sa propre initiative, renoué un lien avec les auteurs des infractions mentionnées à l'article R. 425-1, ou si sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public ".

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un étranger qui justifie avoir déposé plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre les infractions de traite d'être humain ou de proxénétisme, a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Les dispositions de l'article R. 425-1 de ce code chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de tels faits. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait en être reconnu victime, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion d'un mois, prévu à l'article R. 425-2 du même code, pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise, ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.

9. M. A soutient qu'il n'a pas été suffisamment informé par les services de police de ses droits en application de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'audition du requérant par les services de police le 10 octobre 2024, que si M. A, a déclaré, d'une part, avoir souhaité quitter son pays d'origine pour des raisons économiques et avoir pour cela, fait appel à des passeurs, il a également indiqué aux services de police que ses documents d'identité avaient été confisqués par les passeurs, ne pas être victime de traite des êtres humains ou de proxénétisme, ne pas souhaiter déposer plainte contre les passeurs ni bénéficier de mesures d'accueil, d'hébergement et de protection, conformément à l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il résulte de ces éléments que les autorités n'avaient pas de motifs raisonnables de considérer que M. A pouvait être victime d'un réseau de traite d'êtres humains, circonstance qui ne pouvait se déduire de la seule nationalité du requérant, de son objectif de rejoindre le Royaume-Uni et de son recours à un réseau de passeurs qu'il devait rémunérer. Dès lors, les autorités n'étaient donc pas tenues de lui transmettre les informations prévues à l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement aurait été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-1, R. 451-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'un vice de procédure. Il n'est par conséquent pas fondé non plus à soutenir que la décision méconnaît les stipulations de la convention de Varsovie du 16 mai 2005 et celles de la directive 2011/36/UE du 5 avril 2011 dès lors qu'il n'est pas établi qu'il serait victime de traite d'être humain.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A ne séjournait en France que depuis dix jours avant d'avoir été interpellé par les services de police le 10 octobre 2024, et qu'il ne dispose, sur le territoire national, d'aucune attache particulière, son objectif étant de rejoindre le territoire britannique. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 10 du présent jugement, le moyen, tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Si M. A soutient que la décision fixant le Vietnam en tant que pays de destination l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité en raison de sa crainte d'être l'objet de persécutions de la part de la mafia vietnamienne auprès de laquelle il aurait contracté des dettes qu'il ne serait pas en mesure de rembourser, ces allégations ne sont corroborées par aucun élément probant. Il n'établit pas, en se référant notamment à un rapport de 2022 sur le trafic des êtres humains du département d'Etat américain et à un rapport de 2017 du commissaire indépendant à la lutte contre l'esclavage, sur " combattre l'esclavage moderne vécu par les ressortissants vietnamiens en route vers et à l'intérieur du Royaume-Uni " et par son récit à l'audience, qu'il se serait endetté dans son pays d'origine auprès de la mafia locale et qu'il serait victime de traite et de trafic des êtres humains. En outre, ainsi qu'il a été indiqué au point 9 du présent au jugement, M. A a indiqué lors de son audition par les services de police avoir quitté le Vietnam pour des motifs économiques. Dès lors, il ne peut être établi que l'intéressé courrait un risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 10 du présent jugement, le moyen, tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

15. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet du Nord, en refusant un délai de départ volontaire à M. A qui se borne à faire valoir l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 10 du présent jugement, le moyen, tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

18. Alors que le préfet du Nord a fondé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sur les circonstances que M. A faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, qu'il ne séjournait en France que depuis dix jours et qu'il n'avait aucun lien privé ou familial sur le territoire français, M. A se borne à soutenir que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur manifeste d'appréciation, en raison de circonstances humanitaires. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, si l'intéressé soutient qu'il craint d'être exposé, en cas de retour au Vietnam, à des craintes réelles, actuelles et personnelles en tant que victime de trafic d'êtres humains, il n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord il lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, assortie d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2024 :

20. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

22. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision le maintenant en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celui-ci, dans l'attente de son départ, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

23. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu le 10 octobre 2024 par les services de police, par le truchement d'une interprète en langue vietnamienne, langue qu'il comprend et a été invité à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement du territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

24. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

25. D'une part, pour décider de maintenir M. A en rétention administrative le temps de l'examen par l'OFPRA de sa demande d'asile déposée le 16 octobre 2024, le préfet du Nord a considéré que cette demande présentait un caractère dilatoire dès lors que M. A a déclaré, lors de son audition par les services de police le 10 octobre 2024, d'une part, avoir souhaité quitter son pays d'origine pour des raisons économiques et avoir pour cela, fait appel à des passeurs et d'autre part, vouloir rejoindre Royaume-Uni. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Nord, a fondé sa décision sur des critères objectifs, conformément aux articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

26. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi par les services de police lors de l'audition de M. A le 10 octobre 2024, que le requérant, entré en France, dix jours avant son interpellation du 10 octobre 2024, en provenance de l'Allemagne, a déclaré avoir quitté le Vietnam pour des raisons économiques et être arrivé en France afin de rejoindre clandestinement la Grande-Bretagne, sans évoquer des craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Si l'intéressé, qui n'a formé aucune demande de protection internationale en Allemagne ou en France avant son interpellation, fait valoir que sa demande d'asile litigeuse est fondée sur des craintes en cas de retour au Vietnam notamment en raison de la traite d'êtres humains dont il a été victime au Vietnam, il n'établit pas ses allégations Par suite, le préfet du Nord a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, estimer que la demande d'asile formée par M. A en rétention était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et maintenir ce dernier en rétention le temps de l'examen de cette demande par l'OFPRA.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord l'a maintenu en rétention administrative. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de ladite décision doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2410449 et n°2410655 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Maricourt et au préfet du Nord.

Jugement rendu à l'issue de l'audience publique du 30 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

A. Jaur

La greffière,

Signé :

N. Carpentier La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410449

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