vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410907 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | NAUDIN |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 octobre et 14 novembre 2024 sous le numéro 2410907, M. B E A, représenté par Me Cardon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 17 octobre 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation familiale et professionnelle ;
- elle est empreinte d'erreurs de droit puisque, d'une part, disposant d'un visa espagnol, il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, le préfet du Nord aurait dû, en application du décret du 9 mars 2024, envisager en priorité sa remise aux autorités espagnoles ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6§5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est empreinte d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation familiale et professionnelle ;
- elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est irrégulière ;
- elle est empreinte d'erreurs de fait puisqu'il n'a jamais fait part de son intention de se soustraire à la mesure d'éloignement et s'est rendu en sous-préfecture de Valenciennes où il lui a été indiqué qu'il convenait d'attendre d'avoir une année complète d'activité commerciale avant de déposer une demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est empreinte, dans l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation familiale et professionnelle ;
- elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est irrégulière ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est empreinte d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle, du fait de son isolement total en Algérie, pays qu'il a quitté il y a 17 ans.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation familiale et professionnelle ;
- elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est irrégulière ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
II/ Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 octobre et 14 novembre 2024 sous le numéro 2410912, M. B E A, représenté par Me Cardon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a assigné à résidence à son domicile à Denain, dans l'arrondissement de Valenciennes, pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été édictée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a méconnu son droit d'être entendu ;
- souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation familiale et professionnelle ;
- est fondée sur des décisions l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire et fixant l'Algérie comme pays de destination qui sont irrégulières ;
- est empreinte d'une erreur de droit ;
- porte atteinte à son droit d'aller et venir sans présenter d'intérêt ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et est empreinte d'une erreur dans l'appréciation de sa situation puisqu'elle est incompatible avec sa situation familiale et professionnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;
- l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Malaga le 26 novembre 200- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Cardon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. A qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 12 septembre 1977, est entré en France le 2 février 2024, muni d'un visa qui lui a été délivré, le 4 avril 2023, par les autorités consulaires espagnoles d'Abu Dhabi, qui était valable du 17 avril 2023 au 14 avril 2024 et qui autorisait son séjour pour une durée de 90 jours. Il a été interpellé, suite à un contrôle réquisition opéré dans le secteur de Denain par les policiers de Lille, et a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative à fin d'examen de son droit à circuler ou séjourner en France. Après qu'il est apparu qu'il n'avait pas formulé de demande de titre de séjour en France, il a fait l'objet, le 17 octobre 2024, d'une part, d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de l'Algérie assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, d'une décision ordonnant son assignation à résidence à son domicile à Denain, dans l'arrondissement de Valenciennes, pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2410907 et n° 2410912 visées ci-dessus concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, par suite, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 14 octobre 2024, publié le même jour au recueil n° 340 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.
4. En deuxième lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.
5. En troisième lieu, M. A se borne à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu. Toutefois, il ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée et qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir au cours de son audition, le 17 octobre 2024, par les services de police, lorsque ceux-ci l'ont informé de la possibilité que le préfet l'oblige à quitter le territoire à destination de l'Algérie et ordonne son assignation à résidence, Ces moyens doivent donc être écartés.
6. En dernier lieu, il ne ressort pas des termes des arrêtés attaqués que le préfet du Nord ne se serait pas livré, ainsi que se borne à l'alléguer M. A à un examen sérieux et particulier de son dossier. En effet, tous les éléments propres à sa situation familiale et professionnelle correspondent aux éléments dont il a fait état lors de son audition par les services de police. A cet égard s'il n'est pas relevé qu'il est propriétaire d'une maison à Denain ou qu'il a réalisé divers investissements, notamment l'acquisition d'un local secondaire, pour développer son activité de primeur, le préfet a néanmoins mentionné qu'il disposait d'une résidence effective et stable affectée à son habitation et qu'il travaillait sans autorisation sur le territoire national. Or ces éléments sont suffisants à justifier les décisions attaquées. Ainsi, ces moyens, qui s'apprécient au vu des éléments dont disposait l'administration au jour de l'édiction de sa décision, ne pourront qu'être écartés.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, si M. A est entré en France muni d'un visa qui lui a été délivré, le 4 avril 2023, par les autorités consulaires espagnoles d'Abu Dhabi, qui était valable du 17 avril 2023 au 14 avril 2024 et qui autorisait son séjour pour une durée de 90 jours. Toutefois, il n'établit pas avoir transité par l'Espagne pour entrer en France, il ressort, au surplus, des pièces du dossier qu'il n'a pas sollicité à être réadmis dans ce pays et son visa espagnol était expiré à la date d'édiction de la décision attaquée. Ainsi M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ou les stipulations de l'article 5 de l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière. Il suit de là que les erreurs de droit allégués doivent être écartées.
8. En second lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'article 6 de l'accord franco-algérien stipule notamment que : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule que : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
9. M. A déclare être entré régulièrement sur le territoire français, pour la dernière fois, le 2 février 2024, à l'âge de 46 ans. Il n'y réside donc irrégulièrement que depuis à peine plus de 8 mois à la date d'adoption de la décision attaquée. S'il est marié à une compatriote, qui est également en situation irrégulière, et père de 4 enfants algériens, lesquels sont scolarisés en France, sa cellule familiale pourra se reconstituer en Algérie, où ses enfants pourront reprendre leurs études. Or M. A ne dispose pas d'autres attaches familiales en France, ses parents, ses deux sœurs et ses six frères, selon ses déclarations aux services de police, vivant en Algérie. A cet égard, s'il a été mentionné dans son recours que son père vivait en France il a indiqué à l'audience que ce dernier, atteinte de la maladie d'Alzheimer, était retourné vivre en Algérie auprès de son épouse. Si M. A, qui a créé sa société fin février 2024 travaille en France en qualité de commerçant ambulant, il a une formation d'ingénieur urbaniste et a travaillé comme architecte à Dubaï et il n'établit pas ne pas pouvoir retrouver un emploi en Algérie. Il est néanmoins propriétaire de sa maison à Denain et sa société a pris à bail un local commercial secondaire à Caudry, l'établissement principal de son activité de primeur ayant vocation à être exercée à son domicile. Certes, dans les circonstances particulières de l'espèce, le requérant établi qu'il dispose désormais en France du centre de ses intérêts privés. Pour autant, eu égard à sa courte durée de séjour et à une vie familiale qui demeure résolument ancrée en Algérie, où sa cellule familiale pourra se reconstituer, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 6§5 de l'accord franco-algérien ou celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ou qu'il aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 17 octobre 2024, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".
12. En l'espèce, si M. A a déclaré qu'il n'était pas possible pour lui de quitter le territoire français où séjournent sa femme et ses enfants, lesquels sont tous scolarisés, et où il doit assurer la gérance de sa société unipersonnelle, de telles déclarations, qui établissent sa volonté de ne pas voir une mesure d'éloignement édictée à son encontre, ne constituent pas pour autant l'expression d'une volonté de ne pas se conformer à cette mesure si elle venait à être édictée. Par ailleurs, si M. A s'est maintenu sur le territoire français sans y avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, il a affirmé à l'audience, sans être contesté, qu'il s'était rendu, à son arrivée en France, en sous-préfecture de Valenciennes où il a été informé que le dépôt d'une première demande de titre de séjour en qualité de commerçant ne pouvait être effectuée qu'à l'issue de sa première année d'activité et à la condition qu'il présente un bilan comptable positif. Il suit de là que M. A, qui s'est vu délivrer une information erronée, ne saurait se voir reprocher son absence de demande de titre de séjour avant la fin de sa première année d'exercice commercial. En tout état de cause, le seul fait qu'il n'ait pas sollicité de titre de séjour après l'expiration de son visa espagnol est, en l'espèce, insuffisant pour justifier que M. A se voit privé du bénéfice d'un délai de départ volontaire. En effet, il présentait de solides garanties de représentation puisque sa femme, présente certes irrégulièrement en France n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que le couple vit dans la maison dont ils sont propriétaires à Denain avec leurs quatre enfants, lesquels ne sont pas, du fait de leur minorité, en situation irrégulière et sont tous scolarisés. Et, ainsi qu'il a déjà été dit, M. A a créé sa société unipersonnelle le 22 février 2024, travaille comme commerçant ambulant sur les marchés et a obtenu un permis de construire à son domicile ainsi qu'un bail commercial à Caudry afin d'exercer également son activité de primeur de façon sédentaire au sein de deux établissements. Dans ces circonstances, en refusant d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire, alors que ses enfants, dont il ressort des pièces du dossier que leurs parents les éduquent avec le plus grand soin, ne termineront l'année scolaire en cours qu'en juillet 2025 et qu'il lui faut bénéficier d'un délai important pour procéder à la vente de son bien immobilier, à la fermeture de sa société et à la résiliation du contrat de bail conclu par cette dernière, le préfet du Nord a méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision du 17 octobre 2024 lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être accueillies.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, M. A se borne à soutenir que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur de droit. Toutefois ce moyen, qui ne fait état d'aucun élément de fait ou de droit, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
16. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8 du présent jugement, lesquels démontrent l'absence de l'isolement allégué du requérant dans son pays d'origine, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant l'Algérie comme pays de destination, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision du 17 octobre 2024 fixant l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
19. La décision du 17 octobre 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire étant illégale, ce dernier est fondé à solliciter l'annulation de la décision, fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par laquelle l'autorité préfectorale a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
20. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 17 octobre 2024 par laquelle le préfet du Nord a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
21. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
22. La décision du 17 octobre 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire ayant été annulée, ce dernier doit être regardé comme ayant bénéficié à la date de la décision l'assignant à résidence, également édictée le 17 octobre 2024, d'un délai de départ volontaire. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, la décision attaquée, qui est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui est donc illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être annulée.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a assigné à résidence à son domicile à Denain, dans l'arrondissement de Valenciennes, pour une durée de 45 jours, doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
24. D'une part, il résulte des dispositions des articles L. 614-17 et L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le magistrat désigné prononce l'annulation des décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire à un étranger obligé de quitter le territoire français et interdisant son retour sur le territoire français, il lui appartient uniquement de rappeler à l'étranger l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative, sans qu'il appartienne au juge administratif d'enjoindre au préfet de fixer un délai de départ.
25. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".
26. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. A implique seulement, mais nécessairement, l'effacement sans délai du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Nord de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
27. L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 17 octobre 2024, par lesquelles le préfet du Nord a refusé d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire, a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence à son domicile à Denain, dans l'arrondissement de Valenciennes, pour une durée de 45 jours, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A, à Me Cardon et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière,
Signé :
T. LEDORMAND
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2410907 et 241091
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026