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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411200

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411200

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Doré, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de titre de séjour portant la mention " parent d'enfant réfugié " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande ou, à défaut, de la mettre en possession d'une attestation de prolongation d'instruction, le tout dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, privée de document de séjour depuis plus qu'un an, elle est maintenue dans une situation de précarité administrative ; que sa fille nécessite une prise en charge médicale importante et quotidienne ; qu'elle est enceinte de son troisième enfant ce qui la place dans une situation de vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son dossier était complet et qu'elle remplissait les conditions de délivrance du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'obtention du titre de séjour " parent d'enfant réfugié " est en l'espèce de plein droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 12 novembre 2024, le préfet du Nord représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la présomption d'urgence ne s'applique pas en l'espèce, que la première demande de Mme A, déposée le 13 novembre 2023, était incomplète, que sa deuxième demande, déposée le 10 octobre 2024 est toujours incomplète et qu'en tout état de cause aucune décision implicite de rejet n'est encore née.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 octobre 2024 sous le n°2410169 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 novembre 2024 en présence de M. Potet, greffier, M. Perrin a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Kerrich, substituant Me Rannou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête ;

- Mme A n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Mme A, ressortissante guinéenne née le 1er juillet 1998, est mère de Fatoumata Conte, née le 21 juillet 2022, à qui le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a, par une décision du 28 février 2023, reconnu la qualité de réfugié. Le 13 juillet 2023, Mme A a sollicité, sur le site de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), la délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'enfant réfugié. Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet né du silence du préfet du Nord sur cette demande.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour. L'article R. 431-15-1 du même code dispose que : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ". Enfin, l'article R. 432-2 de ce code prévoit que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

6. Le préfet du Nord fait valoir, sans être utilement contredit par Mme A, que l'enregistrement définitif de sa demande de titre de séjour déposée via l'ANEF le 13 novembre 2023 se heurte au caractère incomplet de son dossier de demande, tenant notamment au défaut de communication de son acte de naissance légalisé accompagné du jugement supplétif, de sorte qu'une décision de clôture de l'instruction de sa demande est intervenue le 30 septembre 2024. Mme A, en se bornant à produire une attestation de l'ANEF confirmant qu'elle a déposé une demande de titre de séjour le 13 juillet 2023, n'établit pas avoir déposé un dossier complet. Dans ces conditions, aucune décision implicite de rejet de la demande de Mme A n'étant susceptible d'être intervenue, faute pour cette dernière d'avoir présenté un dossier de demande de titre de séjour complet sur lequel le préfet aurait statué. Ainsi, les conclusions aux fins de suspension présentées par la requérante sont dirigées contre une décision inexistante et sont par suite irrecevables.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence et la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté, que la requête de Mme A doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1 : Mme A est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 28 novembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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