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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411231

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411231

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCLIQUENNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 et 4 novembre 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2024 du préfet du Nord en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

Sur le moyen commun aux décisions en litige :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué dispose d'une délégation de signature régulière ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Denys, conseillère, en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 novembre 2024 à 8h30, Mme Denys :

- a présenté son rapport ;

- a entendu les observations de Me Cliquennois, qui confirme les écritures présentées, après avoir sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ainsi que la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; il soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle portant interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A ;

- a entendu les observations de M. A ;

- a entendu les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 20 février 2000, est entré régulièrement sur le territoire français, le 25 août 2019, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 20 août 2019 au 20 août 2020. L'intéressé a ensuite été muni d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 21 août 2020 au 20 octobre 2022, puis d'un titre de séjour valable jusqu'au 20 octobre 2023. Par un arrêté du 1er novembre 2024, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a placé en rétention administrative pour une durée de quatre jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononce encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :

4. En premier lieu, par un arrêté du 5 février 2024, publié le même jour au recueil spécial n°064 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation, à M. Delacroy, secrétaire général pour les affaires régionales des Hauts-de-France, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer notamment les décisions en litige, dans le cadre des permanences préfectorale qu'il est amené à assurer dans le département. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, à la date de l'arrêté attaqué, M. Delacroy assurait une permanence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour faire obligation de quitter le territoire français à M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, avant de prendre la décision attaquée. En particulier, les circonstances que son audition par les services de police, le 31 octobre 2024, n'ait duré que dix minutes, et que l'intéressé ait déclaré, au cours de l'audience qui s'est tenue le 6 novembre 2024 devant le tribunal judiciaire de Boulogne, ne pas avoir compris qu'il avait été interrogé sur sa santé mentale, compte tenu de l'absence d'interprète, alors qu'il s'exprime en français au cours de l'audience publique, à elles-seules, ne sont pas susceptibles de révéler l'absence d'un tel examen. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'un examen réel et sérieux de la situation de M. A doit être écarté.

7. En dernier lieu, si M. A, qui est entré sur le territoire français en 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, a bénéficié, en qualité d'étudiant, d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 20 février 2020 au 20 octobre 2022, puis d'un titre de séjour valable jusqu'au 20 octobre 2023, les conditions de son séjour sur le territoire français ne lui donnent pas vocation à s'établir durablement en France. Par ailleurs, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir qu'il aurait développé une pathologie psychologique, à l'origine de sa décision d'interrompre ses études et qu'il n'entretiendrait plus de contact avec les membres de sa famille, qui résident dans son pays d'origine, en raison de cette décision. Dans ces conditions, en dépit de l'insertion professionnelle de M. A, qui est célibataire et sans charge de famille, en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 7, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; (). ".

11. M. A ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce que le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet puisse être regardé comme établi. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour dont a bénéficié l'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire français depuis, a expiré le 20 octobre 2023, de sorte que son cas entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant se trouve dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut refuser d'assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour fixer le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit d'office. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

13. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 7, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

14. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

17. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans atteste que l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été pris en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

19. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A doit être écarté.

20. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 7, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

21. En dernier lieu, M. A ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne conteste pas sérieusement avoir commis ces faits, a été interpellé, le 29 octobre 2024, pour avoir, de manière réitérée, menacé de commettre un crime contre deux personnes. Compte tenu de ces faits, à raison desquels il fait l'objet de poursuites judiciaires et a été placé sous contrôle judiciaire, sa présence sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, alors même que M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, compte tenu notamment de la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français et de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur le surplus des conclusions :

23. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cliquennois et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. DenysLa greffière,

Signé

N. Carpentier

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2411231

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