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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411235

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411235

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de renouvellement de carte de résident de Mme B A, ressortissante soudanaise. Le juge a constaté que la requérante n'avait pas produit l'ensemble des pièces justificatives exigées par l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), rendant sa demande de titre de séjour incomplète et empêchant la naissance d'une décision implicite de rejet. En conséquence, la requête a été jugée irrecevable, faute de décision administrative susceptible de faire l'objet d'un référé-suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er novembre 2024 et une pièce enregistrée le 18 novembre 2024 à 10h17, Mme C B A, représentée par Me Schryve, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer à titre provisoire une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dans cette attente de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le tout sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) ou à défaut, de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de procéder au réexamen de sa demande et de rendre une décision expresse, dans un délai de deux semaines, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de cette aide, de mettre à la charge de l'Etat la même somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée méconnait les articles L. 424-3 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2024 à 2h57 et une pièce enregistrée le 16 novembre 2024, le préfet du Nord représenté par la SELARL Centaure avocats conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucune décision implicite n'est née, rendant la requête irrecevable.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024, à 10 heures 45, en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Perrin, juge des référés,

- les observations de Me Schryve, représentant Mme B A, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête et soutient que le dossier de demande de titre était complet, un renouvellement ne nécessitant pas de justifier de l'obtention d'un visa de long séjour,

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante soudanaise née le 1er janvier 1977, a bénéficié d'une carte de résident, valable jusqu'au 12 juin 2024. Elle en a demandé le renouvellement le 11 avril 2024. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande.

Sur l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. " et aux termes de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". L'annexe 10 à laquelle renvoie cet article dispose que la demande de renouvellement d'une carte de résident doit comprendre, un justificatif de nationalité, un justificatif de domicile datant de moins de six mois, trois photographies d'identité, un justificatif d'état-civil, le cas échéant, une déclaration sur l'honneur de non polygamie en France et une attestation sur l'honneur d'absence de résidence hors de France pendant plus de trois ans au cours des dix dernières années écoulées.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

6. Il résulte de l'instruction que le préfet a considéré que la demande de la requérante était toujours en instruction au 7 novembre 2024 au motif qu'avait été demandé de redéposer l'acte de mariage avec une copie de meilleure qualité et que manquait la copie du visa de long séjour. Or, il ne résulte pas des dispositions précitées que la demande de renouvellement d'une carte de résident devait comporter un tel visa, à la différence de la demande initiale. Au surplus, la requérante fournit une copie de ce visa. Il résulte également des pièces du dossier que l'acte de mariage établi par l'Office français des réfugiés et apatrides était lisible, à la seule exception d'un chiffre dans le numéro de dossier, cette pièce n'étant pas non plus obligatoire en cas de renouvellement d'une carte de résident, en application des dispositions précitées. Par suite, les seuls éléments fournis par le préfet ne permettent pas d'établir que le dossier de demande de renouvellement n'était pas complet alors que la requérante apportait tous les éléments de nature à établir cette complétude du dossier. La demande de renouvellement, formulée le 11 avril 2024 a donc fait naître une décision implicite de rejet. La fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord en défense doit donc être écartée.

En ce qui concerne l'urgence :

7. Pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou du retrait d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

8. Il résulte de l'instruction que la requérante a demandé le renouvellement de sa carte de résident. La condition d'urgence est donc présumée sans qu'aucune circonstance particulière permettant de renverser cette présomption soit opposée.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision :

9. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : /1° Son conjoint, son partenaire avec lequel il est lié par une union civile ou son concubin, s'il a été autorisé à séjourner en France au titre de la réunification familiale dans les conditions prévues aux articles L. 561-2 à L. 561-5 ; / () ".

10. Il résulte de l'instruction que la requérante est mariée à un réfugié, titulaire d'une carte de résident et a été autorisée à séjourner en France au titre de la réunification familiale. Elle a obtenu à ce titre une première carte de résident.

11. Il n'est pas établi que la requérante constitue une menace pour l'ordre public, qu'elle n'ait pas établi en France sa résidence habituelle ou ait résidé hors de France pendant trois ans au cours des dix dernières années.

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 424-3 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

13. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée. Par suite, les conclusions visant à ce que soit enjoint la délivrance d'un titre ne peuvent qu'être rejetées.

14. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique donc seulement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de Mme B A et édicte une décision expresse à son issue, à notifier à l'intéressée. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à Mme B A, un récépissé de demande de titre ou tout autre document lui permettant de justifier de son séjour et de travailler, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit non plus besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Mme B A a été provisoirement admise, ainsi qu'il a été dit, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Schryve, avocate de Mme B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schryve de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à cette dernière.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B A est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé à Mme B A le renouvellement de sa carte de résident est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de Mme B A afin qu'il statue sur sa demande de titre de séjour par une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans cette attente, il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schryve renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Schryve, avocate de Mme B A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B A.

Article 5 : le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B A et au ministre de l'intérieur.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 9 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2411235

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