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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411335

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411335

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFOURDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Chloé Fourdan, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 13 novembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande de carte de résident de dix ans en qualité de membre de famille de réfugié ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et de prononcer une décision expresse dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, que la décision attaquée porte atteinte de manière grave et immédiate à sa situation, en ce que, d'une part, il ne peut accéder au bénéfice des prestations sociales ouvertes aux membres de famille de réfugié nécessaires pour l'entretien de son foyer composé de son épouse et de leurs deux enfants en bas-âge, d'autre part, que son contrat de travail a été suspendu le 25 octobre 2024 faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France, enfin, qu'elle fait obstacle à la constitution d'un dossier pour obtenir un logement social nécessaire à la jeune E D, âgée de 10 mois, qui est atteinte d'une pathologie chronique grave ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête ;

- la condition de l'urgence, en tout état de cause, n'est pas remplie.

Par une note en délibéré enregistrée le 26 novembre 2024, M. D demande à ce qu'il lui soit donné acte du désistement des conclusions aux fins de suspension et d'injonction de sa requête au motif que le préfet du Nord l'a convoqué le 28 novembre 2024 à 10h30 pour la remise de son titre de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2400709 enregistrée le 22 janvier 2024 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 novembre 2024, en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Fourdan, représentant M. D, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet du Nord étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. En l'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. M. A D, ressortissant guinéen, née le 7 janvier 1993 à Conakry (République de Guinée), est père de deux enfants, C D, né le 19 novembre 2021 à Dunkerque et Mariame D, née le 18 janvier 2024 à Lille, qui est atteinte d'une drépanocytose qui l'expose à un risque infectieux majeur. L'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a, par des décisions des 8 juin 2023 et 25 juin 2024, reconnu la qualité de réfugié aux enfants de M. D et de sa compagne, Mme B F. Le 13 juillet 2023, M. D a sollicité, sur le site de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), la délivrance d'une carte de résident en qualité de parents d'enfants réfugiés. M. D a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 29 janvier 2024 au 28 avril 2024, dont la durée de validité a été prolongée jusqu'au 24 octobre 2024. Par une décision réputée intervenue le 13 novembre 2024, le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à la demande de M. D tendant à la délivrance d'une carte de résident en qualité de membre de famille de réfugié. Le préfet du Nord a également, une décision réputée intervenue le 4 janvier 2024, refusé implicitement de faire droit à la demande de M. D tendant à la communication des motifs de sa décision implicite du 13 novembre 2023. M. D demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite du 13 novembre 2023.

4. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord a convoqué M. D le 28 novembre 2024 à 10h30 pour lui remettre une carte de résident en qualité de membre de famille de réfugié. M. D, par une note en délibéré enregistrée le 26 novembre 2024, qui a été communiquée au préfet du Nord, a demandé à ce qu'il lui soit donné acte du désistement des conclusions aux fins de suspension et d'injonction de sa requête. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. D étant admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, il y a lieu, sous réserve que Me Fourdan, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fourdan de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte à M. D du désistement des conclusions aux fins de suspension et d'injonction de sa requête.

Article 2 : Sous réserve que Me Fourdan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier lui versera la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à Me Chloé Fourdan et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 28 novembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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