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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411376

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411376

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du sous-préfet de Dunkerque refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme B, ressortissante togolaise. La requérante ne démontrait pas tirer de son activité non salariée des moyens d'existence suffisants, condition requise par l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'une carte " entrepreneur/profession libérale ". Elle ne justifiait pas non plus des cinq années de résidence régulière et de ressources stables exigées par l'article L. 426-17 du même code pour l'obtention d'une carte de résident de dix ans. En conséquence, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Ekoue, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le sous-préfet de Dunkerque a refusé de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel ainsi qu'une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour et que ce refus compromet son activité professionnelle ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est également illégale en ce qu'elle lui a refusé une carte de résident.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2024 à 9h44, le préfet du Nord représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requérante ne justifie pas des 5 années de présence stable et ininterrompue en France ni des conditions de ressources pour bénéficier des titres de séjour qu'elle a demandés.

Vu :

- la copie de la requête en annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 à 10h45, tenue en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Perrin, juge des référés

- les observations de Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête;

- et les observations de Me Kerrich, substituant Me Rannou représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante togolaise née le 18 mai 1991, s'est vue délivrer une carte de séjour portant la mention " entrepreneur-profession libérale " valable jusqu'au 7 novembre 2023. Par un arrêté du 30 septembre 2024, le sous-préfet de Dunkerque a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par Mme B ainsi que sa demande d'une carte de résident, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la cet arrêté en ce qu'il lui refuse un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. "

3. Il résulte des pièces produites par la requérante que son revenu imposable de 2023 était de 11 491 euros. Si la requérante fait valoir que ce revenu a augmenté depuis 2022, que les recettes perçues sont supérieures au revenu imposable et que ces recettes s'élèvent, d'après des pièces postérieures à la décision attaquée, à 14 600 euros pour les deux premiers trimestres de 2024 et à la somme de 8 550 euros pour le troisième trimestre, elle n'apporte aucune précision justifiant qu'elle peut disposer de l'ensemble de ces sommes et notamment sur le montant des charges sociales et prélèvements qu'elle doit acquitter après perception de ces recettes. Dans ces conditions, elle ne démontre pas qu'elle tire de son activité des moyens d'existence suffisants pour dégager tant un revenu équivalent au salaire minimum interprofessionnel de croissance que le paiement de l'ensemble des cotisations sociales dues.

4. En second lieu aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / ()/ Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. " et aux termes de l'article 11 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie, peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans, dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil ". Il résulte de la combinaison des stipulations de l'article 11 de la convention franco-togolaise susvisée et des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'un ressortissant togolais peut prétendre à la délivrance d'une carte de résident à raison d'une résidence régulière et non interrompue en France de plus de trois années dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 426-17 et, notamment, à condition de justifier de ressources stables, régulières et suffisantes, appréciées sur la période des trois années précédant sa demande, au moins égales au salaire minimum interprofessionnel de croissance.

5. Il ne résulte pas des pièces du dossier que la requérante ait dégagé des ressources suffisantes lui permettant de subvenir à ses besoins sur les trois années précédant sa demande.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun moyen n'est en l'état de l'instruction de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Par suite la requête de Mme B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence et ce y compris pour les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord

Fait à Lille, le 4 décembre 2024

Le juge des référés,

signé

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2411376

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