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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411424

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411424

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé, a été saisi par M. A, ressortissant congolais, d’une demande de liquidation de l’astreinte prononcée par une ordonnance du 22 mai 2024, qui enjoignait au préfet du Nord de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour. Constatant que le préfet n’a pas exécuté cette injonction dans le délai imparti, le juge a liquidé l’astreinte à hauteur de 15 700 euros pour la période du 22 juin au 27 novembre 2024, sur le fondement des articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative. Il a également porté le montant de l’astreinte à 250 euros par jour de retard à compter du 5 décembre 2024, en application de l’article L. 521-4 du même code, et accordé l’aide juridictionnelle provisoire à M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2024 et le 19 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Badaoui, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2404673 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période allant du 22 juin 2024 jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir :

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de porter le montant de l'astreinte fixée par l'ordonnance à la somme de 250 euros par jour de retard à compter du délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- malgré l'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2404673 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, le préfet du Nord n'a pas procédé au réexamen de sa situation ;

- l'inexécution de cette ordonnance constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'ordonnance n° 2404673 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 novembre 2024 en présence de Mme Debuissy, greffier d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu les observations de Me Badaoui, représentant M. A, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. A justifie avoir demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de la lui octroyer à titre provisoire.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :

2. Par une ordonnance n° 2404673 du 22 mai 2024, le juge des référés du tribunal a, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande déposée le 5 décembre 2022 par M. A, ressortissant congolais né le 7 mars 1953, tendant au renouvellement de sa carte de résident, au motif que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Le juge des référés a enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, de liquider cette astreinte pour la période allant du 22 juin 2024 jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir et, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de la porter à 250 euros par jour de retard.

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'ordonnance n° 2404673 du 22 mai 2024, notifiée le jour-même au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Nord, le préfet a délivré à M. A des récépissés de sa demande valables du 4 juin 2024 au 25 novembre 2024, puis du 15 novembre 2024 au 14 février 2025. M. A soutient toutefois, sans être contredit, qu'il n'a pas été mis en possession de ce dernier récépissé. Le préfet a également décidé, le 15 novembre 2024, de délivrer à M. A une carte de résident valable du 26 mars 2023 au 25 mars 2033. Bien que M. A n'ait pas encore été mis en possession de ce titre compte tenu des délais de fabrication, l'ordonnance n° 2404673 du 22 mai 2024 doit donc être regardée comme ayant été entièrement exécutée, et il y a lieu, eu égard aux diligences accomplies par le préfet entre le 23 juin 2024 et le 15 novembre 2024, d'en modérer le taux et de la liquider à hauteur de 1 500 euros.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, à la modification du taux de l'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, l'ordonnance n° 2404673 du 22 mai 2024 du juge des référés du tribunal doit être regardée comme ayant été entièrement exécutée. Les conclusions tendant à ce que le taux de l'astreinte fixée par cette ordonnance soit porté à 250 euros par jour doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A étant admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Badaoui, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 1 500 euros au titre de la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2404673 du 22 mai 2024.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Badaoui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Badaoui, avocate de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 3 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

D. TERME

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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