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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411465

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411465

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBROISIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 novembre 2024 et le 6 décembre 2024, M. A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 9 novembre 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en exécution de l'arrêté d'expulsion pris à son encontre le 13 juin 2024.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il faut valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés, fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Livenais, premier vice-président, pour statuer en application du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, magistrat désigné ;

- les observations de Me Broisin, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision attaquée est irrégulière en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de l'arrêté d'expulsion du 13 juin 2024 au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que l'absence de jugement au fond intervenu sur cette décision méconnaît son droit à un recours effectif, garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et les observations de Me Grizon, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête de M. C au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

-M. C ayant refusé de présenter des observations à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 23 juillet 1999, est entré sur le territoire français au cours de l'année 2004 et, à compter de sa majorité, a séjourné en France sous couvert de récépissés de demande de titre de séjour renouvelés jusqu'au 14 juin 2023. L'intéressé a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales par jugements rendus par le tribunal correctionnel de Lille (Nord) entre le 8 septembre 2017 et le 15 juin 2022, devenus définitifs, et a été incarcéré à compter du 12 mars 2022 au centre pénitentiaire de Sequedin (Nord) avant d'être transféré, le 18 juillet 2023, au centre pénitentiaire de Longuenesse (Pas-de-Calais). Par un arrêté du 13 juillet 2024, le préfet du Pas-de-Calais a pris à l'encontre de M. C une décision d'expulsion sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette même autorité a fixé le pays de renvoi de M. C par un arrêté du 9 novembre 2024. M. C demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, aux termes d'un arrêté du 31 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation de signature à M. B, chef du bureau de l'éloignement à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture et auteur de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant fixation du pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'expulsion. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire, pris notamment au visa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, mentionne les considérations de droit sur lesquelles il se fonde ainsi que les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. C et justifiant que la Turquie soit désignée comme pays à destination duquel il doit être renvoyé en exécution de la mesure d'expulsion le visant. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé mais uniquement de celles qui fondent la décision attaquée. Cette motivation suffisante établit, en outre, que le préfet s'est livré à l'examen de la situation personnelle de M. C au regard des informations dont il disposait à la date de la décision attaquée avant de prendre à son encontre la décision attaquée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".

5. D'une part, les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'il a été dit, M. C a fait l'objet de neuf condamnations pénales à des peines d'emprisonnement entre le 8 septembre 2017 et le 15 juin 2022 pour, notamment des faits de vol par ruse, effraction et escalade dans un lieu d'habitation ou un entrepôt, en récidive multiple, de vol avec violence n'ayant pas entraîné d'incapacité temporaire de travail, circulation avec un véhicule à moteur sans assurance, sans permis et récidive de refus, par le conducteur, de se soumettre aux vérification de l'état alcoolique et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive, la durée cumulée des peines d'emprisonnement ferme prononcées à son endroit dans le cadre de ses diverses procédures s'élevant à près de six années. L'intéressé s'est en outre signalé défavorablement durant sa détention durant laquelle il a fait l'objet de huit comptes-rendus d'incident. Compte tenu de la répétition des infractions, de leur nature et de leur gravité, le préfet du Pas-de-Calais pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. C constitue une menace grave à l'ordre public.

7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de cinq ans dans le cadre du regroupement familial. S'il n'établit pas avoir vécu continûment sur le territoire français à compter de cette date, il justifie cependant du séjour en France de sa mère ainsi que de ses frères et sœurs. Cependant, l'intéressé, majeur, ne soutient pas, ni même n'allègue, qu'il serait dépourvu d'attaches familiales en Turquie. En outre, si M. C fait état de sa qualité de père d'un enfant français et de sa volonté de reconnaître l'enfant à naître d'une nouvelle union, il ne justifie pas participer activement, de la limite de ses possibilités, à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur, ni d'une communauté de vie avec la mère de son futur enfant. Enfin, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français, se bornant à soutenir qu'il travaille sur les marchés, sans apporter aucun justificatif sur son activité professionnelle alléguée. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale n'est pas excessive au regard de l'intérêt public dont la préservation a été poursuivie par la décision de son expulsion. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait irrégulière à raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 13 juin 2024 au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".

10. A supposer que soit opérant, dans le cadre du présent litige, le moyen tiré de ce que l'exécution immédiate de l'arrêté d'expulsion du 13 juin 2024 dont M. C fait l'objet l'aurait privé du droit à exercer un recours effectif contre cette décision, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que M. C a pu introduire, le 31 octobre 2024, un référé-suspension à l'encontre de la mesure d'expulsion dont il a été l'objet du près du juge des référés de ce tribunal, qui a rejeté sa requête à raison de l'absence de moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté par ordonnance n° 2411177 du 28 novembre 2024. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à invoquer l'inconventionnalité de la mesure d'expulsion qui lui a été appliquée, au regard des stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En cinquième lieu, le moyen invoqué par M. C, tiré de ce que l'arrêté contesté est intervenu en méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant à l'encontre de cet arrêté, qui se borne à déterminer le pays de destination de l'intéressé.

12. En sixième et dernier lieu, en fixant la Turquie, Etat dont M. C est ressortissant, comme pays de destination de l'intéressé et dans lequel ce dernier ne soutient pas ni même n'allègue qu'il serait exposé à un risque de traitements inhumains ou dégradants, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas entaché l'arrêté contesté d'erreur manifeste d'appréciation, les circonstances relatives à la durée du séjour en France de M. C et des liens personnels et familiaux qu'il y conserve étant sans incidence sur ce point.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Broisin, et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu à l'issue de l'audience publique qui s'est tenue le 10 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

Y. LIVENAISLa greffière,

signé

V. LESCEUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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